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dans les communes et dans leurs choix politiques un tel désir de plaire au tuteur qui octroie les garnisons, les lycées, les routes, les ponts. Ce que pensait, ce que voulait le pays, il trouva moyen de le dire et de le faire, on le sait de reste, et le régime des communes n’y fut pas un obstacle. Il faut croire que cette sujétion n’est pas si lourde à porter ou si facile à exploiter qu’on la représente.

Ce qui vous inquiète pour le droit national, c’est la dépendance où vous voyez les communes, et d’une manière plus générale c’est la centralisation, où l’état vous apparaît avec une étendue et une plénitude de pouvoirs à tout pénétrer, à tout écraser… Votre souci est mal placé : j’incline à croire que le mal n’est pas où vous le voyez, tandis qu’il pourrait bien être où vous ne le voyez pas : deux choses qu’on voudrait expliquer clairement.

Et d’abord qu’est-ce donc que la centralisation pour en concevoir un tel ombrage ? C’est le gouvernement accommodé selon ce goût français d’unité qui paraît en toutes choses, religion, philosophie, théâtre, etc. Est-ce un goût dépravé, parce qu’il crée la tutelle administrative ? Non, puisqu’il crée en même temps l’unité du droit national, l’imité des droits privés, l’unité de l’opinion publique, et cela est on ne peut plus significatif. Cela veut dire règne de la nation, unique souveraine, — déploiement des individus par l’exercice des droits reconnus à chacun, — armement de l’opinion, exaltée et concentrée dans une capitale.

Qu’importent après cela l’unité du pouvoir, qui est simplement le pouvoir exécutif, et la force qu’il tire de cette conformation ? Rien n’est compromis par là, si ce pouvoir rencontre au-dessus de lui et à côté de lui, pour le maîtriser dès son origine et pour le surveiller à chaque pas, cette même circonstance, cette même puissance d’unité. Vous me montrez avec ennui cette tutelle des localités qu’exerce le pouvoir central en vertu de son unité constitutive : il vous semble qu’au jour de l’élection politique elles en seront toutes subjuguées ; mais ne voyez-vous pas cette puissance parallèle de l’opinion dans une capitale, le poids des impulsions qui en descendent parmi les électeurs assemblés, le rayonnement des propagandes qui partent de si haut ? Vous déplorez la chute de ces grands corps, de ces grandes existences qui bornaient la royauté d’autrefois… Et moi, je vous montre sur ces ruines, au lieu de quelques privilégiés, le Français et la France restaurés chacun dans sa souveraineté respective, et s’appuyant pour vivre ainsi (aux accidens près) sur la force qui les a créés.

Non, le mal français n’est pas l’unité du pouvoir ; cette unité croissante n’est pas moins que la civilisation même et le plus grand trait de la raison politique qui se développe parmi les sociétés