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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/193

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au-dessus d’elle par les mœurs et par les institutions du pays. L’assiette de l’impôt, la création de ressources extraordinaires, tel article de son budget relatif à l’église, à l’école, à la route, l’aliénation ou le partage de ses immeubles, la forme de ses adjudications, les matières d’octroi ou de police locale, tout cela est et doit être strictement déterminé par les lois générales ou par la loi organique des communes. Ces lois expriment, comme il leur appartient, un état de civilisation définitif à respecter, à maintenir partout, dont nul ne peut répudier le bénéfice. Une localité ne peut ni déroger à l’impôt proportionnel, ni établir un impôt proportionnel dont l’emploi profiterait seulement à certaines classes, ni laisser tomber l’église, l’école, la route, ni avec ses règlemens d’octroi mettre un impôt, sur les grains, ni avec ses règlemens de police établir, une corporation, ni traiter de gré à gré pour ses travaux… Tout cela serait considérable à débattre et à faire ; mais tout cela lui est étranger, supérieur, hermétiquement fermé, ou sujet du moins à des révisions et à des contrôles.

Ainsi des maximes transcendantes ont déterminé la constitution de la commune, mais n’entrent pas dans sa conduite. Pas plus qu’elle ne les a décrétées, elle ne les applique : ce qui est fort heureux, car si elle avait le pouvoir de les appliquer, elle prendrait celui de les violer, de les frauder, et nous aurions, au lieu de la France, trente-sept mille gouvernemens entre le Rhin et les Pyrénées.

De ce côté encore, nulle politique parmi les localités. Il n’y en a pas davantage, si la politique se reconnaît à la pluralité des pouvoirs qui traitent une affaire, qui composent un gouvernement, c’est-à-dire à un certain art de conciliation des personnes, de savoir-vivre entre les classes, de ménagemens et de compromis pour tous les intérêts… Autant de choses dont on ne se doute pas dans une commune, gouvernée par un seul pouvoir, par une assemblée de mandataires sans royauté au-dessus d’elle, sans opinion, sans aristocratie constituées à côté d’elle. Ces mandataires, n’ayant à compter avec personne, auront tout l’égoïsme de la majorité qu’ils représentent, toute l’étroitesse des intérêts qui composent cet égoïsme. Le vice de leur pouvoir, qui devient celui de leur caractère, est de ne statuer sur rien où ils n’aient un intérêt actuel et personnel : par où ils sont inférieurs et deviennent inhabiles à la pensée politique, qui est apparemment une aptitude aux vues d’ensemble et d’avenir. Ainsi, loin que cet exercice des affaires locales soit une préparation à comprendre et à représenter la communauté tout entière, il crée à cet égard une impuissance, je dirais presque une indignité.

Un homme d’esprit, nullement publiciste, entend par politique