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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/192

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III

Ailleurs ou ici, sommes-nous sûr d’avoir tout dit sur un sujet qui recule et se dilate à mesure qu’on y avance ? Avons-nous reconnu comme il faut, soit la part d’indépendance qui pourrait être faite aux communes, soit le bien qui naîtrait de cette indépendance ?

Quant au premier point, nous avons revendiqué pour les conseils municipaux le droit de s’assembler, de se taxer, d’employer leurs revenus ordinaires, et d’exécuter tous travaux de construction ou de route comme bon leur semble, sauf le recours de tout intérêt lésé aux conseils-généraux. Il serait difficile d’aller plus loin.

Quant au second point, on va peut-être me reprocher de mettre en oubli la valeur que prendront les conseils-généraux pourvus de cette attribution, faisant à l’égard des communes l’office dont s’acquitte, aujourd’hui le pouvoir exécutif. Je conviens qu’il naîtra ainsi, dans un pouvoir local au moins, quelque expérience, quelque notion d’affaires. Cela est précieux, mais cela n’est pas politique, vu que les conseils-généraux feraient là œuvre d’arbitres, œuvre judiciaire, et rien de plus. Qu’y a-t-il de politique à prononcer entre des intérêts qui se disputent le tracé d’un chemin ou qui se renvoient l’incommode voisinage d’un abattoir ?

La politique ! voilà ce qui ne se trouve à aucun degré des gouvernemens locaux. Ils n’en dégageront jamais parce qu’ils n’en contiennent pas. S’il y a une antithèse au monde, c’est celle de local et de politique. Tout comme il n’y a pas de logique pour tirer légitimement le général du particulier, de même il n’y a ni lois ni combinaisons qui puissent extraire d’une localité ce qui en est absent et même exclu, c’est-à-dire la politique, une science ou un sentiment dont l’objet est la patrie tout entière.

Il y a peut-être moyen de savoir au juste ce que c’est que la politique, et l’on verrait bien alors si elle peut tenir dans les localités. Cherchons un peu en quoi elle consiste, à quels signes elle se reconnaît.

Est-ce à l’étendue et à la complexité des intérêts, alors qu’ils embrassent les nombres, l’espace, la tradition, l’avenir ? Mais évidemment le point de vue d’un clocher ne porte pas si loin. Est-ce à la hauteur des principes engagés dans une question ? Ceci est un cas tout différent : la dimension d’une affaire ne préjuge rien sur celle des principes qui peuvent la résoudre, la plus humble question de procédure dépend quelquefois des axiomes les plus élevés ; mais une commune n’a rien à démêler dans sa conduite avec des principes de cette nature, qu’elle trouve tout tracés, tout déterminés,