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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/186

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Ainsi nulle combinaison n’est supérieure au hasard, nul régime n’a l’assurance d’y échapper, pas même celui de l’opinion organisée et représentée. Encore moins peut-on dire que ce régime de l’opinion s’établira sans la violence et l’angoisse des épreuves. Cependant il n’est qu’un tel régime pour faire droit au genre humain, pour lui apporter sa destinée avec les égards dont il est digne, et du train dont il a besoin. Mais ici reparaissent les partisans de la liberté locale avec des espérances et des raisons prises dans l’ordre d’idées même où nous raisonnons.


II

« L’opinion, disent-ils, c’est le concert des idées d’un peuple, c’est le poids de ce que nous pensons chacun sur la chose publique, accru et multiplié sans doute à certaines conditions de contact et de groupement ; mais enfin la base de l’opinion publique, c’est l’idée individuelle : or tant vaudra l’esprit de chacun, tant pèsera l’opinion. Si vous voulez mettre la force dans l’opinion, mettez-la d’abord dans les hommes. Ce principe admis, qui est évident, peut-on nier qu’un certain exercice des droits locaux, ne soit une culture désirable des esprits, un moyen d’entretenir et de féconder la pensée politique d’un pays, de fortifier enfin l’opinion en fortifiant l’individu, et justement à cet endroit du gouvernement de la nation par elle-même, qui s’illuminera d’une singulière évidence dans un pays pratiquant le gouvernement de la commune par elle-même ? La liberté n’y saurait périr, étant partout. N’est-ce pas là, n’est-ce pas ainsi qu’on créera des obstacles invincibles à tout attentat sur la liberté du pays, à toute invasion d’un despotisme quelconque, populaire ou monarchique ? »

Voilà une objection posée contrairement à toutes les règles de l’art. On prête là aux idées que l’on se propose de combattre la force de l’ensemble, le poids de l’accumulation, au lieu d’isoler et d’aborder séparément chacune d’elles, ainsi que l’enseignent les tacticiens de la chose. Peu m’importe : je ne fais pas œuvre d’art ou de secte, mais une étude sur un sujet où quelques esprits éminens croient apercevoir la liberté. Or telle est la grandeur de cette idée, ou même simplement de ce qui en fait l’illusion, qu’il convient de faire beau jeu aux doctrines portant cette étiquette, et de les déployer dans toute leur apparence. On est bien obligé néanmoins, comme on ne peut tout dire à la fois, de détailler, d’analyser cette objection pour y répondre.

Pour commencer par la fin, qui ne vous arrêtera guère, il me semble que vous comptez sur des communes libres pour fonder dans le pays une liberté impérissable, supérieure à tout attentat, d’où