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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/182

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avec cela une probité pécuniaire qu’on n’a jamais contestée, une certaine austérité de mœurs, et les plus beaux restes de christianisme, celui de Port-Royal. La lutte où il vivait, contesté et contredit de tous côtés, par la cour, par l’église, par la noblesse, maintenait le parlement à cette hauteur, en cette vitalité. Peut-être faut-il dire d’une manière générale que, parmi nous, ce qui s’élève vaut mieux que ce qui est élevé. Paysans et bourgeois, chacun dans son effort pour monter à l’échelon supérieur, déploient de rares qualités ; mais, une fois guindés et classés au plus haut, cet effort s’arrête, et rien ne ressemble parmi nous à ce sentiment de la chose publique, à ce patronage local, à ces œuvres de philanthropie et de charité qui distinguent l’aristocratie anglaise. Si ce soupçon était fondé, ce serait la marque d’une infériorité morale, très visible à ce signe d’une ambition qui se repose dans les familles dès qu’elle n’a plus pour objet quelque avancement direct et personnel.

À l’exception près du parlement, — et encore qui lutta plutôt qu’il ne triompha, pour ses prérogatives plutôt que pour le bien public, avec plus d’entêtement que de lumières, ainsi qu’il le fît bien voir à Turgot ; — sauf cette exception, dis-je, les anciennes forces étaient venues à rien aux approches de 89, ou plutôt depuis Louis XIV et Richelieu. Au regard du monarque, elles avaient le droit pour elles, un droit fondé sur des titres qui valaient bien ceux de la royauté, et que néanmoins elles furent impuissantes à défendre. Après un long déclin, elles s’écroulèrent tout à coup, et la société moderne perdit là peu de chose. Elle a mieux aujourd’hui pour défendre les bases où elle s’est assise, elle a cette force que nous avons vue à l’œuvre, détruisant tout en fait d’abus, créant tout en fait de droit : l’opinion.

Il faut songer aux objections, à celle-ci d’abord : « cette force est dangereuse ; justement parce qu’elle est sans limites prévues et sans armes consacrées par la loi, elle peut éclater en violences, en révolutions ! » Je conviens que cette appréhension n’est-pas absolument sans cause. Que voulez-vous ? On n’a pas encore imaginé de tribunaux pour les démêlés qui s’élèvent soit entre les peuples, soit entre peuples et rois. Ces grandes disputes ont une dernière raison qui ne sera jamais de l’ordre juridique. L’humanité n’est pas parfaite, ou du moins ne se perfectionne pas d’un coup. Il n’est pas clair que nous ayons trouvé la fin de tout mal politique en plaçant le pouvoir sur ses véritables bases et sous la garde de l’opinion. II aura de la peine à s’y asseoir, à s’y tenir. Rien ne se dispute comme le pouvoir, d’où dépend une infinité de choses brillantes ou profitables. Il y aura là une phase d’épreuve, un labeur de transition et d’installation où abondera la pierre d’achoppement. Notez cependant