Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/173

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


quantité de travail disponible étant toujours à peu près la même, le nombre d’ouvriers qu’on peut occuper ne varie pas sensiblement, et au besoin les adjudicataires font venir des Belges ou des Bourguignons. Ces hommes passent une grande partie de l’année dans la forêt, ne la quittant que le dimanche pour aller renouveler leurs provisions ; ils couchent dans des baraques en bois recouvertes de terre, et le plus souvent ont avec eux leur femme et leurs enfans qui les aident dans la mesure de leurs forces. Pendant l’été, quand le travail chôme en forêt, ils cultivent le lopin de terre qu’ils possèdent, ou louent leurs services comme journaliers. Avec de l’ordre et de l’économie, ils arrivent presque tous à une petite aisance qui les met à l’abri du besoin ; ils ne sont pas d’ailleurs, par la nature de leurs occupations, exposés à des crises semblables à celle qui sévit si malheureusement sur nos ouvriers cotonniers. Tant qu’ils sont bien portans, ils n’ont pas de chômage à craindre, et quand vient la maladie, ils trouvent, s’ils ont été prévoyans, la société de secours mutuels qui pourvoit à leurs besoins.

Les ouvriers bûcherons ne sont pas les seuls qui vivent de la forêt ; il y a encore les fendeurs, qui débitent le bois en lattes et en merrain, les voituriers, qui le transportent de la coupe au port d’embarquement sur la Seine, les flotteurs et les bateliers, qui l’amènent par eau jusqu’à Paris, les menuisiers et les charpentiers, qui le travaillent de mille manières, tous ceux enfin qui contribuent d’une façon quelconque à le mettre à la portée du consommateur. Les 40,000 mètres cubes que produit aujourd’hui la forêt, qui sur pied se vendent peut-être 400,000 francs, représentent au moins 1 million sur le marché parisien. C’est donc une somme de 600,000 francs qui reste entre les mains de tout ce monde de marchands et d’ouvriers. La conversion en futaie de la forêt de Fontainebleau, en doublant la production en matière, fera donc plus que doubler ou tripler le revenu du propriétaire ; elle augmentera dans la même proportion les bénéfices et les salaires de toute cette population laborieuse et accroîtra son bien-être.

Pour avoir du reste une idée de ce que peuvent faire l’intelligence et le travail, il suffit de parcourir le village de Thomery, dont le territoire est resserré entre la Seine et la forêt. Peuplé autrefois de bûcherons, comme tous les autres, il est devenu peu à peu l’un des plus prospères et des plus coquets qui se puissent voir. Les maisons, entourées de jardins qui s’étagent dans ses rues en pente et qui viennent déboucher sur les bords de la Seine, paraissent, tant elles sont d’un élégant aspect, plutôt des maisons de campagne que des habitations de simples cultivateurs. C’est la culture des fruits qui a fait leur richesse ; mais il faut voir à quel degré de perfectionnement ils l’ont portée ! Ils ne se contentent pas de couvrir d’espaliers