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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/171

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facile par ce moyen de créer un sous-étage de hêtres qui, recouvrant complètement le sol et y entretenant une fraîcheur salutaire, auront bientôt rendu sa vigueur au peuplement primitif. Cet instrument servira également à effectuer des semis de pins partout où il serait impossible de faire venir des essences plus précieuses. Du reste, les procédés employés pour ceux-ci sont déjà très économiques. Ainsi M. de Bois-d’Hyver se bornait, dans les parties couvertes de bruyères, à faire répandre les graines à la volée, sans aucune préparation préalable du terrain ; puis, cela fait, il autorisait les indigens des villages voisins à venir extraire ces bruyères, qu’ils employaient comme litière pour leurs bestiaux. Cette extraction remuait le sol comme un labour, et faisait tomber ces graines sur un terrain dont la préparation n’avait ainsi rien coûté.

À l’époque où l’on a commencé à opérer les semis de pins sur une grande échelle, afin d’avoir toujours une quantité de graines suffisante, on a fait construire une sécherie spéciale. On sait que les semences de pins, comme celles des autres résineux, sont renfermées dans des cônes écailleux. Au moment de la dissémination, les écailles s’ouvrent spontanément, et les semences, qui sont munies d’une aile, sont emportées au loin par les vents. La sécherie a pour objet de provoquer artificiellement par la chaleur l’ouverture des cônes, de manière qu’on puisse récolter les graines qui s’en échappent. C’est un bâtiment en maçonnerie ayant deux étages superposés et chauffé par un four d’où sortent des tuyaux de calorifère. Les cônes, recueillis en forêt par des femmes et des enfans, sont étalés à l’étage supérieur sur des claies, d’où, après avoir laissé échapper une partie de leurs graines, ils sont transportés successivement aux étages inférieurs ; la chaleur devenant de plus en plus forte, ils finissent par abandonner complètement toutes les graines qu’ils contiennent. Le chargement se fait toutes les vingt-quatre heures, et les semences obtenues dans les différens étages sont recueillies séparément, celles des étages supérieurs valant mieux que les autres. Une sécherie de cette nature ne coûte pas d’autres frais que la récolte des cônes, car ce sont ceux-ci qui, une fois vidés, servent au chauffage du four.

Dans la forêt de Fontainebleau, comme dans toutes celles de l’état, les coupes sont annuellement vendues sur pied à des adjudicataires qui les font exploiter pour leur compte. Le produit qu’elle fournit actuellement, et qu’on peut évaluer à 40,000 mètres cubes environ, ne consiste guère qu’en bois d’industrie et en bois de feu. Les chênes y sont peu propres à la charpente, et la marine vient rarement y chercher des pièces pour la construction des vaisseaux. Cela s’explique par ce fait, que, le sol étant naturellement aride, les couches concentriques annuelles sont très rapprochées les unes des autres, et forment ce qu’on appelle un bois gras, qui