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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/159

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attendre la mort naturelle, et il vaudrait mieux en finir une fois pour toutes, les couper sans regret, et les remplacer par des pins sylvestres qui prospèrent jusqu’à cent ans et au-delà.

Dans son ensemble, la forêt présente donc les aspects les plus variés et des peuplemens d’une bigarrure exceptionnelle. Sur 1,000 hectares environ, répartis dans les cantons de La Tillaie, du Gros-Fouteau, du Bas-Bréau, des Grands-Feuillards et des Monts-de-Fays, se rencontrent de vieilles futaies de chênes, de hêtres et à& charmes : ce sont les restes des anciens massifs laissés sur pied. Un grand nombre de ces arbres ont cinq ou six siècles et peut-être plus encore ; quoique parfois morts en cime et creusés dans l’intérieur, ils n’en poussent pas moins chaque année de nouveaux bourgeons qui suffisent à entretenir ce qui leur reste de vie. Autour de ces vétérans se pressent de nouvelles générations. Quelques-unes de ces grandes futaies, spécialement réservées pour les promeneurs, ont tout à fait l’aspect d’une forêt vierge où la végétation est livrée à elle-même. Les vieux chênes ont les formes les plus variées et parfois les plus bizarres. Quand ils ont été isolés dans leur jeunesse, ils ont développé dans toutes les directions des branches latérales qui sont elles-mêmes devenues de véritables arbres ; ils sont peu élevés, mais leur cime étalée projette au loin son ombre. Ceux qui ont crû en massif serré au contraire sont droits et élancés, et leurs troncs, unis et sans branches jusqu’à une hauteur de 25 ou 30 mètres, ressemblent de loin à des colonnes gigantesques qui supportent un faîte de verdure.

Après ces futaies viennent 2,000 hectares environ de perchis de quarante à quatre-vingts ans de chêne pur, provenant des plantations faites à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci. Disséminés dans toute la forêt, ils offrent en général une végétation languissante. 13,000 hectares, c’est-à-dire la masse principale, sont couverts de massifs de pins et de taillis de chênes, charmes et bouleaux, âgés de un à quarante ans, tantôt purs, tantôt mélangés dans diverses proportions. Ils sont souvent entrecoupés de vides, couverts seulement de bruyères et de genévriers épars. Enfin viennent les rochers, qui se montrent tantôt sous forme de plattières, c’est-à-dire de bancs horizontaux dépourvus de toute végétation, tantôt sous l’aspect de blocs de grès entassés les uns sur les autres en longues collines parallèles. Des interstices de ces barricades naturelles s’échappent des bouleaux à l’écorce argentée, des genévriers au feuillage sombre, ou des pins maritimes à la cime écrasée. Qui ne s’est promené dans les gorges d’Apremont, où pour la première fois, dit-on, Louis XIV daigna jeter les yeux sur la pauvre La Vallière ? Qui n’a visité les gorges de Franchard, qui rappellent