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ont été roulés et amoncelés par les courans en collines allongées. Sur les points où l’effondrement s’est opéré, ces blocs sont restés à là place qu’ils occupaient, et se montrent aujourd’hui, mis à jour, sur les pentes disposées en hémicycle qui unissent les plaines aux plateaux. Cette forme semi-circulaire est en effet bien celle que devait prendre le terrain cédant tout à coup à la violente pression d’une mer chassée de son lit. Le calcaire lacustre inférieur, sur lequel repose l’étage des sables, ayant présenté plus de résistance que celui-ci, n’a pas été entamé, et il forme, avec les terres transportées des parties élevées, le sol des plaines basses. Les marnes calcaires, les argiles et les sables y sont mélangés dans des proportions variables. Sur quelques points aussi, dans le voisinage de la Seine, apparaissent des terrains de transport de formation plus récente.

Rien de plus facile donc que de se faire une idée de la configuration géologique de la forêt de Fontainebleau, au premier abord si irrégulière et si compliquée, et pas n’est besoin d’être géologue pour se figurer une couche de 60 à 80 mètres d’épaisseur de sable siliceux et de blocs de grès mélangés, comprise entre deux couches de calcaire marneux et argileux. Tel était l’état des terrains où s’étend aujourd’hui la forêt lorsqu’ils étaient recouverts par la mer parisienne. Celle-ci, violemment chassée vers le nord-ouest, effondrant sur plusieurs points la couche protectrice, entraînant dans son mouvement les sables et les blocs, les amoncelant en lignes parallèles, et arrêtant son action destructive à la couche inférieure, laissa après son départ le relief que nous voyons aujourd’hui.

Une pareille formation explique le fait, assez étrange au premier coup d’œil, de l’absence presque absolue d’eau dans toute la forêt. Tous ceux qui ont parcouru, je ne dirai pas les pays de montagnes, mais seulement des contrées un peu accidentées, s’attendent à trouver un ruisseau à chaque dépression de terrain. Il n’en est rien. Les plaines succèdent aux plateaux, sans que les pentes laissent filtrer la moindre source, et du fond de ces vallées ouvertes, serrées entre deux collines de roches entassées, ne s’échappe le murmure d’aucun cours d’eau. Parfois seulement se montrent çà et là quelques mares isolées, dues à l’accumulation des pluies dans le creux des rochers, mares qui le plus souvent s’évaporent aux premiers soleils. Les ruisseaux, comme les sources qui leur donnent naissance, sont produits par la pluie, qui pénètre dans le sol jusqu’à ce qu’elle vienne à rencontrer une couche imperméable qui la ramène à la surface. Dans cette forêt, l’eau passe à travers les masses sablonneuses comme à travers un filtre, et arrive sans obstacle jusqu’à la couche des glaises vertes, la première qui, dans les terrains parisiens,