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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/144

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En fait, et bien que le temps où l’on s’emprisonnait dans le système hégélien soit passé sans retour, on ne peut contester que, vue de haut, l’histoire n’avance que par le choc et la conciliation des contraires. C’est bien là l’une de ces idées simples et fécondes que ce système, en se brisant, a léguées à la philosophie, qui ne s’en défera pas. Pour discuter la valeur de la théorie que nous venons d’exposer, il faudrait donc ou bien contester la vérité du principe qui en est l’âme, ou bien révoquer en doute la justesse de ses applications. Je crois qu’il faut renoncer à la première alternative. Quant à la seconde, si quelques études spéciales m’autorisaient à énoncer une opinion motivée, voici comment je résumerais mon jugement.

Prise dans son ensemble, la théorie me paraît juste, à moins que l’on ne se place d’emblée sur le terrain du miracle, ce qui sans doute est très permis, et qu’on ne se résigne à accepter des faits qu’aucun lien de causalité ne rattache à leurs antécédens. Si l’on s’y refuse, on devra convenir que nous avons là une genèse logique des origines de l’église chrétienne ; mais c’est ici qu’un scrupule m’arrête. Ne serait-elle pas trop logique ? Quand on descend au-dessous des grandes lignes de l’histoire, retrouve-t-on nécessairement dans les détails cette symétrie continue qui fait que les plus petits événemens sont géométriquement semblables aux plus grands ? L’école de Tubingue, à force de régulariser les commencemens du christianisme, n’a-t-elle pas méconnu ce qu’il y a de chaotique, de simultané, en quelque sorte de torrentueux, dans les premières manifestations d’un esprit nouveau qui souffle sur le monde ? Ce qui fait qu’on se pose une telle question, c’est la différence qui existe entre la clarté, l’aisance de la théorie, lorsqu’elle s’applique aux périodes où les événemens se déroulent par grandes masses, sur de vastes espaces, et ses allures souvent tendues, forcées, quand elle doit se borner à des faits restreints dans un cercle resserré. Il lui est plus aisé d’énumérer par exemple les moyens termes qui amènent la victoire relative du christianisme que d’expliquer par quelle voie la première antithèse sortie de l’apparition du paulinisme est venue aboutir à la neutralité du catholicisme primitif. Pourquoi, lorsque nous voyons l’apôtre Paul devancer de cent ans, et même, si l’on y regarde de près, de bien plus encore, le développement de la pensée chrétienne, serait-il inadmissible qu’un autre grand génie eût pris l’avance sur ses contemporains en écrivant ce quatrième évangile, à qui les exigences de la théorie n’accordent le droit à l’existence qu’à partir du milieu du second siècle ? Si au point de vue d’une critique sévère l’authenticité apostolique de ce livre est bien difficile, sinon impossible à défendre, on gagnerait, à le rapprocher