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devant les contradictions de ses propres formules, que dis-je ? en formulant la contradiction même, posa la dernière pierre d’un édifice dont les fondemens étaient jetés de longue date.

C’est la description des premières destinées du christianisme et de sa constitution graduelle à l’état de catholicité que nous tenions surtout à donner. Peut-être devrions-nous encore parler de son organisation extérieure et raconter la rude secousse que lui imprima le gnosticisme du second siècle ainsi que la formation parallèle de l’épiscopat. Ce sont là deux élémens essentiels de la théorie de Tubingue. Il faudrait suivre aussi dans ses progrès continus cette aristocratie épiscopale qui supplante peu à peu la démocratie presbytérienne primitive, et qui, déjà oligarchique à la fin de la période qui nous occupe, tendait visiblement, comme l’empire, à se scinder en deux monarchies : l’une d’Orient, l’autre d’Occident ; mais il nous suffira d’indiquer la place logique de ces deux élémens dans l’ensemble du système, et nous nous bornerons à résumer les traits essentiels de la lutte du christianisme avec le paganisme, les causes et la nature de sa victoire finale. L’exposition raisonnée de ce duel de trois siècles et de ses dramatiques péripéties constitue certainement l’une des parties les plus remarquables des travaux de Baur. Ce qu’elle a d’original, c’est qu’elle montre dans le conflit des deux puissances une imposante application de cette loi de l’histoire qui veut que de deux termes opposés le terme vainqueur ne le soit jamais que relativement, la cause vaincue ne disparaissant qu’à la condition de passer dans l’autre, et par conséquent ne cessant pas d’exercer une action plus ou moins latente dans son nouvel entourage.

À première vue, il semblerait au contraire, quand on assiste à l’éclatante victoire du principe chrétien, montant avec Constantin sur le trône du monde, et quand on pense que dix ans auparavant sévissait la plus terrible persécution, il semblerait, disons-nous, que jamais duel à mort n’a démenti plus catégoriquement ce point de vue hégélien. Cependant les faits parlent trop clairement, dès qu’on les interroge d’un peu près, pour qu’on en reste à cette impression de la surface. La réalité est que l’antithèse abrupte, sans moyen terme, la répulsion absolue, violente, des premiers temps fait place tout doucement à des sentimens réciproques assez différens, et si le christianisme triomphe en définitive, c’est à la condition de s’être ouvert à ce qu’il eût d’abord repoussé avec horreur.

Que se passe-t-il au premier siècle ? L’apôtre Paul, par le libéralisme avancé de ses vues religieuses, eût peut-être, s’il eût réussi à faire prédominer son point de vue dans l’église, accéléré le mouvement conciliateur ; mais nous avons vu qu’il n’y parvint pas de son vivant. La chrétienté primitive hérita de toute l’antipathie du judaïsme