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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/103

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eux qui descendaient des anciens et puissans préfets, eux qui représentaient la véritable noblesse japonaise !

Hieas leur fit la guerre pendant treize ans et chassa plusieurs d’entre eux de leurs provinces, qu’il partagea entre ses parens, ses officiers et, ses soldats. Les princes qu’il n’avait pas soumis, au nombre de dix-huit, se liguèrent pour lui résister, mais avec peu d’espoir, de réussir, tant sa puissance et son habileté étaient devenues redoutables. Cependant ils parvinrent à rassembler une armée considérable. C’est en présence de cette armée que Hieas s’arrêta dans sa marche triomphante. Il était alors au déclin de sa vie, et il appréhenda justement de compromettre dans une bataille le prix de sa longue, et glorieuse carrière. Assez fort d’ailleurs pour faire quelques concessions, il put, sans que son orgueil eût à en souffrir, inviter les alliés à entrer en pourparlers avec lui. Ceux-ci s’empressèrent d’accueillir ses ouvertures et signèrent le fameux pacte qui porte le nom de lois de Gongensama. Le texte complet de cette constitution n’est pas encore connu. Pour expliquer la diversité qui existe dans les relations du taïkoun avec chacun des grands daïmios, il faut admettre que Hieas traita séparément avec chacun d’eux, et que la constitution actuelle du Japon s’appuie sur dix-huit traités particuliers.

Les lois de Gongensama, qui réunirent pour la première fois, depuis longues années, l’empire divisé par tant de troubles, furent soumises à la sanction du mikado, qui ne put refuser de se rendre à la volonté unanime de ses redoutables vassaux. Ces lois d’ailleurs ne portaient pas atteinte à sa majesté extérieure ; elles le laissaient en possession indiscutée de son titre et lui donnaient tous les dehors de la puissance royale. Il perdait à la vérité le droit de destituer aucun de ses feudataires, mais il, gardait celui d’accorder à chaque daïmio l’investiture de son fief, et jamais taïkoun ne pouvait entrer en fonction avant d’avoir obtenu confirmation de son pouvoir. De plus, il fut convenu qu’aucune réforme altérant la constitution ne serait exécutoire, si le mikado ne l’avait sanctionnée. La cour du Japon resta à Kioto. Quant au gouvernement, il fut transféré à Yédo, et le taïkoun en prit les rênes en qualité de chef du pouvoir exécutif. Le mikado, y fut représenté par le corps réuni des dix-huit daïmios, gardiens naturels de la constitution japonaise. Ces derniers s’étaient astreints, afin de contre-balancer la puissance du taïkoun, à résider à des époques fixes dans la seconde capitale de l’empire. Sujets du mikado et non du taïkoun, s’ils avaient des obligations à remplir envers celui-ci, il était de son côté responsable envers eux de toute mesure touchant à l’intérêt général. Représentons de l’ancienne noblesse, pairs du Japon, souverains indépendans par la volonté et