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l’état politique et moral des populations le permet, et en outre la division des trajets sous-marins, lorsqu’ils sont inévitables, en sections de peu d’étendue ayant chacune un intérêt commercial suffisant pour subsister isolément. Aller directement de Londres à New-York, c’est, dit l’auteur, passer de Paris à Marseille, en négligeant Dijon, Lyon, Avignon et toutes les villes intermédiaires. Par l’Atlantique, il n’y a ni station commerciale à desservir, ni points intermédiaires qui puissent donner des recettes. Le nouveau plan suit au contraire la grande voie des relations politiques et commerciales ; chaque tronçon pourrait être établi et exploité indépendamment de tous les autres.

Nous ne contestons pas la justesse de ces idées générales, mais le mémoire dont nous parlons est conçu à un point de vue plus économique que scientifique ; l’auteur s’y montre plutôt diplomate qu’ingénieur. Ce n’est pas assez de tracer sur une carte les lignes imaginaires qu’il importe d’établir. Les explorations locales, l’étude approfondie des océans et des rivages, la topographie, l’ethnologie et la climatologie des contrées traversées sont les élémens indispensables d’un projet télégraphique. Nous avons quelque sympathie pour les rares écrivains qui essaient en France d’attirer l’attention sur l’extension si désirable de la télégraphie transcontinentale, et cependant cette vague énumération de travaux à exécuter rappelle involontairement le roi Pyrrhus qui ne voulait rentrer en Épire « qu’après avoir transfrété la mer Hyrcane, chevaulché les deux Arménies et les trois Arables. » Il importe de ne pas se faire illusion sur les difficultés d’établissement, d’exploitation et d’entretien que présente une ligne sous-marine, fût-elle courte, que présente même une ligne terrestre. Nous ne citerons qu’un fait à l’appui des réserves que nous faisons, et nous le prendrons précisément sur la grande route de l’extrême Orient que nous avons parcourue si rapidement. La ligne de Rangoon à Singapour doit rattacher ce dernier port, centre commercial de la plus haute importance, au réseau indien, et par suite à l’Europe. Elle ne traverse que des profondeurs d’eau peu considérables, quelques centaines de mètres ; sur son parcours, il existe un établissement anglais, Penang qui partagerait la distance ; elle intéresse la France par la Cochinchine, la Hollande par Batavia, et l’Angleterre par Hong-kong et l’Australie. Cependant la ligne de Rangoon à Singapour est1 projetée depuis quatre ans et n’est pas encore exécutée.

Le lieutenant-colonel Romanof, chef du service télégraphique de la Sibérie orientale, est auteur d’un projet qui présente une grande analogie avec le précédent, sauf que l’on y distingue le désir bien naturel chez lui de rendre la Russie l’intermédiaire des communications