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occupation qu’elles leur ont causée ; si elle est due au contraire à l’exaltation des croyances religieuses, à des chagrins de famille, à un désastre de fortune, à un désordre de conduite, le trouble mental prendra une autre forme. Rien n’est plus mobile que le sujet qui préoccupe les aliénés. C’est plus par le nombre total de ceux-ci que par le caractère qu’affecte leur délire que l’on peut juger de la tendance à la folie. Il en est de même du suicide, si étroitement lié au trouble de l’intelligence. Il faut se rappeler que dans les temps d’agitations politiques les événemens extérieurs prennent dans nos préoccupations le dessus sur nos affaires privées, en sorte que la folie et le suicide doivent alors avoir un caractère politique. Toutefois il n’en est pas moins vrai que le suicide politique appartient à cet ordre de crimes dont les fluctuations contrastent avec la régularité de la majorité des autres. M. Guerry a très bien montré par ses tableaux qu’il y a certains ordres de crimes qui ont pour causes des circonstances exceptionnelles, les commotions politiques, les luttes des partis, la cherté des subsistances, l’exaltation des opinions politiques et religieuses, et ces crimes, on les voit tour à tour s’accroître ou disparaître suivant que le désordre entre dans la société ou en sort. À cette catégorie se rapportent les brisemens de ponts, les entraves à la libre circulation des grains, les pillages de maisons, les violences contre les agens de l’autorité, et jusqu’à un certain point les incendies et les associations de malfaiteurs. Ici encore est applicable l’observation qui vient d’être consignée à propos de la folie et du suicide. Si l’on veut mesurer exactement la proportion pour laquelle ces crimes entrent dans la criminalité générale, il faudra constater le nombre des autres crimes de catégorie analogue dans les années durant lesquelles ils se produisent, et voir si le nombre des premiers ne tend pas à diminuer proportionnellement le nombre des seconds, car, dans ce cas, nos mauvais penchans se seraient simplement déplacés ; ils se seraient portés sur d’autres objets sans cesser pour cela de se manifester. En temps de troubles, le voleur, le brigand se fait émeutier, et celui qui, à une autre époque, eût pénétré dans une habitation privée pour la dépouiller trouve alors plus d’avantages et d’impunité à prendre part aux pillages et aux désordres nés de la sédition populaire. Ces fluctuations accidentelles ne doivent donc pas altérer la marche générale de la criminalité, et l’on peut n’en pas tenir compte dans les conséquences à tirer de l’ensemble des chiffres.

J’ai dit que le développement de l’instruction semble, sauf certaines exceptions, tendre à diminuer le nombre des attentats contre les personnes. Ainsi, sur 100 accusés passés en cours d’assises pour crimes contre les personnes, on en trouve 53 ne sachant ni lire ni écrire, autrement dit plus de la moitié, 34 ne sachant que lire et é