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sens, ou, si l’on veut, à une amphibologie d’autant plus fâcheuse que le lieu où elle est commise la permet ou l’excuse moins.

De deux choses l’une en effet : ou cette église catholique est le temple de la gloire humaine, — et alors pourquoi des autels et des prières ? ou bien voici le sanctuaire où gît sous l’œil de Dieu la dépouille d’un chrétien, — et alors pourquoi ces réminiscences mythologiques, ces défroques du vieil Olympe, ces outrages presque aux mystères que l’on célèbre à deux pas de ce tombeau ? On objectera peut-être certains exemples littéraires, certaines libertés admises dans le domaine de la poésie et constituant parfois une contradiction semblable entre l’orthodoxie des intentions et le paganisme de la forme ; mais on ne saurait comparer aux fictions qui ne s’adressent qu’à notre esprit dès fictions définies et palpables, on ne saurait accepter et absoudre le mensonge de fait aussi volontiers que l’allusion métaphysique. Que dans un ouvrage tout d’imagination, dans un poème comme la Divine Comédie, tel nom étranger au calendrier chrétien personnifie cependant un point de la foi chrétienne, que Minos devienne le justicier de Jésus-Christ, et Caron l’ange qui conduit les âmes au seuil du divin tribunal, on peut à la rigueur s’accommoder de ces licences, parce qu’elles servent, non pas de vêtement, mais d’étiquette à des idées, et qu’elles se produisent dans une sphère où nos sens n’ont ni moyen de contrôle ni accès. Supposez au contraire un tableau d’église où ces idées se résoudraient en personnages armés de leurs attributs mythologiques, où l’on verrait de ses yeux ce que l’on n’a fait que pressentir ailleurs : on sera justement choqué de ce pêle-mêle d’images chrétiennes et de souvenirs du paganisme, comme on est surpris pour le moins, en face des bas-reliefs du tombeau de l’empereur, de rencontrer presque côte à côte Vulcain et l’Église catholique, ou de trouver la tiare pontificale en pendant au pétase ailé de Mercure. Enfin, pour justifier la prédominance de l’élément héroïque sur l’élément religieux dans la composition de ces bas-reliefs, dira-t-on qu’il s’agissait avant tout de glorifier la mémoire du puissant génie qui a conquis et gouverné le monde ? Mais les symboles chrétiens eussent rehaussé la majesté du sujet, bien loin de l’humilier ou de la compromettre. Supprimez le signe rédempteur de la croix ; il n’y a plus ici que des reliques muettes, en ce sens qu’elles dorment environnées seulement des souvenirs de la terre et de l’appareil d’une puissance éteinte. Sanctifiées au contraire par là croix, elles s’animeront pour nous parler du ciel et de la miséricorde divine, nécessaire aux héros comme aux créatures les plus humbles, à ceux qui ont fini dans toute la splendeur de la renommée humaine aussi bien qu’aux morts ignorés.

Simart nous semble donc avoir commis une faute grave contre le