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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/982

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donna ordre de fusiller les hommes ; mais les cipayes du 1er régiment, dont le fils du général Wheeler avait été quartier-maître, firent quelque difficulté. Un des régimens d’Oude fut appelé pour l’exécution. Ordre fut donné de séparer les femmes d’avec leurs maris. À cette indignité les pauvres prisonniers refusèrent de se soumettre ; la force vint à bout de leur résistance. Une femme et son mari se tinrent si étroitement, si fermement embrassés, qu’après bien des tentatives on dut renoncer à les séparer. Les cipayes s’apprêtaient alors à commencer le feu quand le chapelain de Cawnpore, le révérend E. Moncrieff, antérieurement curate de Tooting, demanda la permission de lire les prières ; elle lui fut accordée. Les condamnés prièrent ensemble ; ensuite ils se serrèrent les mains à la ronde. Le signal fut donné, les cipayes firent feu ; plusieurs furent tués sur le coup, d’autres seulement blessés ; ces derniers furent promptement dépêchés par le sabre. On conduisit les femmes, quand tout fut fini, dans la maison où étaient déjà déposées celles qu’on avait prises antérieurement. »


Revenons sur nos pas, et voyons ce que devenaient les quatorze vaillans soldats qui combattaient si témérairement et si vainement, hélas ! pour sauver leurs malheureux compagnons de fuite. Arrivés à gué, le mousquet au-dessus de la tête, sur le rivage où les cipayes n’eurent garde de les attendre, ils s’engagèrent imprudemment à la poursuite de ces ennemis toujours lâches, mais redoutables par leur nombre. Bientôt ils se virent coupés de la rivière, et, craignant d’être entourés, durent faire retraite. Ils marchèrent alors parallèlement au Gange, qu’ils rejoignirent un mille plus bas. Le traverser était inutile. Une nombreuse bande de cipayes les attendait à l’autre bord. Plus nombreux encore étaient les ennemis, qui, les ayant devancés, leur coupaient le chemin, tandis que d’autres, ceux qu’ils avaient d’abord poursuivis, se ralliaient derrière eux. Tout espoir semblait perdu. Ils ne voulurent cependant pas désespérer. Près de la rivière, en face d’eux, et très près aussi de l’ennemi, qui les attendait au passage, était un petit temple de forme circulaire, n’ayant qu’une issue. Après une décharge qui disperse l’ennemi, ils s’élancent vers ce petit bâtiment et s’y réfugient. Un des leurs fut tué, un autre blessé sur le seuil même de cet asile. De là ils tiraient sur tout Indien qui osait se montrer. Nul moyen pour des cipayes d’aborder une position pareille. En revanche ils pouvaient, sans risque, tourner le bâtiment, et arriver par derrière, jusqu’au pied des murailles. Ils profitèrent de cet avantage pour entasser, du bois tout autour de l’édifice et ils y mirent le feu. La brique s’échauffait sans brûler, mais bientôt la fumée devint insupportable, et pour aggraver encore cet inconvénient, les cipayes jetaient de temps en temps sur le feu quelques poignées de poudre. Les Anglais alors, à demi étouffés, mirent habits bas, et complètement nus, mais encore armés, prirent leur course vers le fleuve. Sept d’entre eux y arrivèrent.