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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/979

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armes pour se rendre, seront épargnés et envoyés à Allahabad. » Le conseil de défense eut à délibérer sur ces préliminaires : si les officiers qui le composaient eussent été au courant de ce qui s’était passé à Cawnpore pendant les dix-huit jours qui venaient de s’écouler, ils eussent rejeté avec mépris les propositions du chef des rebelles ; mais ils ne le connaissaient encore que par leurs rapports antérieurs, comme un hôte prodigue, empressé, dont les procédés étaient empreints d’une courtoisie tout européenne, dont les équipages de chasse, les chevaux, les éléphans étaient toujours à leurs ordres. Ils se rappelaient aussi les professions de foi d’Azimoollab, toutes en faveur de la cause anglaise ; ils le croyaient secrètement acquis à cette cause et ne cherchant qu’à détourner d’eux la colère des insurgés. S’ils ne s’étaient point bercés de cette illusion, s’ils avaient su que le 10 juin, par exemple, Nana-Sahib avait fait tuer sous ses yeux, l’un après l’autre, une infortunée lady, arrivée en poste à Cawnpore, et ses quatre jeunes enfans, — que le 11 il avait accepté, à titre de nuzzur ou don royal, la tête d’une autre Anglaise, massacrée par ses cipayes, — que le 14 enfin il avait fait sabrer ou fusilier en masse les malheureux fugitifs de Futtehghur [1], — ils n’auraient sans doute admis aucune négociation. Mieux valait cent fois mourir les armes à la main, en essayant de se faire jour, que de se livrer, pour ainsi dire pieds et poings liés, à la bonne foi d’un brigand déjà couvert du sang de leurs compatriotes. D’autre alternative, les assiégés de Cawnpore n’en avaient point. Les vivres commençaient à manquer ; les maladies sévissaient avec une rage croissante ; les femmes étaient à moitié folles de désespoir et de terreur. Les pluies, dont la saison allait commencer, ne pouvaient manquer de rendre complètement intenables les terriers qu’ils s’étaient creusés. Toutes ces considérations pesées, Moore lui-même, le plus intrépide de tous ces braves soldats, fut d’avis qu’il fallait traiter. Il fut chargé de conclure la capitulation, et dut s’aboucher à cet effet avec Azimoollah, délégué du Nana. Le rusé musulman voulut ouvrir la conférence en anglais ; mais, aux premiers mots, les sowars qui l’accompagnaient se récrièrent : « Parlez notre langue, nous voulons tout entendre, » disaient-ils impérieusement. Il fallut leur obéir. Le traité fut discuté et rédigé en hindostani. Il stipulait que l’argent appartenant à l’état, le magasin dû fort, les canons seraient remis au Nana, lequel s’obligeait, pour sa part, à fournir les moyens de transport sur le fleuve, et à laisser s’embarquer

  1. Voyez les détails de cette catastrophe dans le récit du juge Edwards. (Revue des Deux Mondes du 1er mai 1859.)