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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/970

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Si beaucoup d’officiers anglais mirent une confiance aveugle dans la fidélité des soldats indigènes, sir Hugh Wheeler ne fut point de ce nombre. Après les premiers symptômes de désaffection à Berhampore (24 février 1857), il avait, comme bien d’autres, blâmé les indécisions, l’indulgence à contre-temps des autorités de Calcutta, et prévu que ce défaut d’énergie devait tendre à propager l’agitation. Les événemens de Meerut ne le surprirent donc pas ; mais ils le trouvèrent désarmé de tout moyen d’action immédiate. Seulement ils lui donnaient une liberté d’action dont jusqu’alors il n’avait pas osé se prévaloir, craignant que la moindre manifestation de méfiance ne fût de sa part un démenti donné à la politique du gouvernement central. La position de sir Hugh était critique ; l’Oude s’ébranlait, et il n’était séparé de l’Oude que par le Gange. Le cantonnement militaire de Cawnpore ne lui offrait aucun point retranché où il pût se retirer en cas d’attaque ; en revanche, il y avait là des munitions de guerre en quantités énormes, et le magasin qui les renfermait, placé à sept milles de la ville, ne pouvait être un abri que si d’avance on prenait le parti de s’y réfugier avec toute la population européenne. Or c’était là une mesure des plus graves, à laquelle était attachée une immense responsabilité. Elle pouvait être regardée, si on l’adoptait, comme la cause du soulèvement des cipayes, irrités par d’injustes précautions, encouragés par cet étalage de craintes anticipées. Somme toute cependant, il fallait avoir et préparer un refuge.

Ce fut alors que l’idée vint à sir Hugh Wheeler, — idée trop amèrement critiquée depuis, — d’approprier aux besoins d’une défense qui, à ses yeux, ne devait jamais durer au-delà de quelques heures, peut-être de quelques journées, un double corps de bâtiment servant jadis d’hôpital au régiment européen qui avait été longtemps regardé comme indispensable à la sûreté de Cawnpore. Ces barracks, situées au centre d’une vaste plaine, n’avaient, pour attirer le choix du vieux général, que leur isolement relatif [1], qui permettait à l’artillerie de déployer ses feux sans obstacles immédiats. À cela près, on ne pouvait guère choisir une position plus insuffisante. Les deux bâtimens de l’hôpital étaient construits pour renfermer cent hommes chacun : l’un de ces bâtimens était couvert en

  1. Un plan de Cawnpore dans des proportions réduites, mais d’ailleurs bien exécuté, est annexe à l’ouvrage du colonel Bourchier (Eight Months Campaign, etc., page 108). La ville couvre un espace d’environ cinq milles, sur la rive droite du Gange, qui se rapproche d’elle par une courbe assez prononcée. Un canal se détache du fleuve, à la droite du pont de bateaux qui aboutit à la route de Lucknow, et coupe en deux l’extrémité orientale de la cité. Les barracks où sir H. Wheeler se retrancha sont plus à l’est, au-delà de ce canal. Le magazine est au contraire à l’ouest de la ville, à peu près à la même distance, et tout au bord du fleuve.