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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/923

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imaginées à une tout autre intention, les faire servir à manœuvrer les pièces d’un très gros calibre, les employer surtout à perfectionner la fabrication même des armes qui fait presque partie du domaine industriel, et qui jusqu’à ce jour a profité très peu des efforts tentés pour affranchir l’homme des travaux manuels lorsqu’ils n’exigent pas l’intervention de son intelligence.

Sous ce dernier rapport, il faut établir une distinction entre les bouches à feu et les armes portatives. L’art du fondeur, porté à un haut degré par les artistes italiens, a donné de bonne heure à la fabrication des canons une perfection qu’elle n’a pas dépassée depuis. Quiconque a vu fondre une statue ou l’un des grands organes de nos machines sait aussi comment se fait le coulage d’un canon, qu’il soit de bronze ou de fonte. Ce sont les mêmes difficultés pour obtenir l’homogénéité de la matière, pour éviter les scories et pour faire pénétrer le métal dans les moindres interstices. Toutefois on n’a pu encore obtenir une régularité suffisante dans les procédés rapides employés pour la fonte des cloches, en sorte que toutes les bouches à feu sont coulées pleines, et il faut les soumettre, à l’intérieur comme à l’extérieur, à un travail de forage et de burinage très coûteux. Ce travail, toujours exécuté par des machines, ainsi que le tracé des rayures, occasionne une forte augmentation de dépenses, et malgré l’économie qui résulte de la fabrication de pièces d’un type constant, on estime que les canons de fonte reviennent dans l’usine à 50 centimes le kilogramme, et ceux de bronze à 3 francs. Dans ce dernier cas, la valeur du métal compense et au-delà la facilité plus grande du travail. Aussi l’on a souvent cherché à remplacer une matière d’un emploi si onéreux, et dont le peu de dureté rend la dégradation très rapide. L’Angleterre, où la fabrication du fer est si perfectionnée, devait être l’un des premiers pays à en essayer l’usage, et sans nul doute cet exemple sera suivi, car le fer est à la fois plus solide que la fonte et le bronze, et moins cher que ce dernier. En outre, depuis quelques années, plusieurs industriels poursuivent d’une manière sérieuse la production directe de l’acier, que l’on obtenait jusqu’à présent par une transformation du fer ou un affinage assez coûteux de la fonte. Le jour où l’on sera parvenu à obtenir à bas prix des aciers de bonne qualité, ils se substitueront dans une foule de circonstances, pour les armes comme pour les machines, au fer et à la fonte. On en fera les rails de nos voies ferrées et les bouches à feu qui protégeront nos remparts.

Tandis que la fonte des bouches à feu n’était pas dédaignée par des hommes de génie tels que les Keller, le soin de forger les armes portatives était abandonné à de simples ouvriers. Quoique tous les gouvernemens aient, à des degrés divers, retenu pour eux le droit de fabriquer les fusils de guerre, c’est un art qui s’est toujours