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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/921

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Maintenant que l’on prétend aller jusqu’à 12 ou 1,500, n’y aurait-il aucune réserve à faire ? L’imperfection de nos sens ne rendra-t-elle pas tout à fait illusoire la précision que l’on s’efforce d’atteindre ? Les mêmes considérations se présentent à l’égard du canon, mais pour des distances bien plus grandes, car la stabilité qui résulte d’un point d’appui sur le sol le met jusqu’à un certain degré à l’abri des causes d’inexactitude qui agissent sur les armes portatives. En dépit pourtant des résultats obtenus dans les polygones, il est difficile d’espérer un tir bien exact à des distances de 6 ou 8,000 mètres. Quels sont donc les objets que l’on pourrait apercevoir d’aussi loin ? Et quand même ils deviendraient distincts, serait-il possible d’observer la chute des boulets et de rectifier le tir, si, par suite d’une erreur d’appréciation, les premiers coups ne se trouvaient pas bons ?


III

L’artillerie est maintenant dans une période de transformation, dont les bases semblent arrêtées en ce qui concerne le canon de campagne, tandis qu’il règne encore une assez grande indécision pour le canon de gros calibre. On doit donc se demander où s’arrêteront, dans un avenir prochain, les progrès de l’artillerie ; question à laquelle succède aussitôt cette autre : quel changement en résultera-t-il dans le système des guerres ?

Quoique l’avenir soit toujours pour nous un livre hermétiquement fermé, il est possible, jusqu’à un certain point, de juger, d’après le passé et le présent, des tendances prochaines d’un art ou d’une science, comme on voudra appeler l’artillerie. Des efforts, nullement dissimulés d’ailleurs, se font partout pour accroître la mobilité et la puissance des armes de guerre. C’est le but que l’on a poursuivi par l’adoption des rayures et des projectiles allongés, par la réduction des calibres et l’allégement des affûts. M. Armstrong, s’ouvrant une voie nouvelle, a recherché des vitesses excessives, qu’il n’a pu obtenir sans avoir des canons très résistans et très lourds ; il a dû revenir aux pièces très longues des anciens temps, au cerclage, tel qu’on l’employait lorsque l’artillerie était encore dans son enfance. C’est le contre-pied des progrès réalisés pour le canon de campagne. À la vérité, les gros calibres ne sont pas soumis aux mêmes conditions, leur rôle est de renverser les obstacles les plus puissans ; mais pour en triompher est-il préférable d’augmenter la vitesse ou le volume des projectiles ? C’est ce qui n’est pas encore décidé. Un boulet animé d’une grande vitesse est susceptible de produire de grands effets de pénétration ; mais la résistance de l’air agit avec une intensité qui sera toujours invincible, et qui semble marquer des bornes étroites à tous les efforts de l’homme pour accroître