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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/861

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du sud, à 12 et 1,500 mètres d’élévation au-dessus du niveau de la mer, dans un climat favorable à tous les produits de l’Europe et aux dons de la nature tropicale. Çà et là, de ces plateaux se détachent, à plus de 3,000 mètres d’altitude, des mornes crevassés et des pitons aigus, dont la cime est couverte de neige, et qui rendent de précieux services à l’agriculture par les intarissables réservoirs de leurs sources. Dans la région septentrionale, entre les principaux groupes se déploient trois vastes cirques formés dans l’âge moderne par l’affaissement des assises inférieures du sol qu’avaient rongées les feux souterrains. Dans quelques parties de l’île, comme à Orère, l’homme a créé de ravissantes oasis de verdure ; ailleurs, comme à Salasie et à Cilaos, jaillissent des eaux thermales douées de propriétés analogues à celles de Vichy, et où les malades accourent, même de Maurice : la beauté du pays, la douceur d’une température de dix degrés inférieure à celle de Saint-Denis y ont fixé une population sédentaire qui a reçu de l’état des parcelles de terrain. C’est à Salasie que le gouvernement de juillet songea un instant, en 1837, à transporter certains condamnés politiques. On n’eut point assez de cris alors : combien Cayenne et Noukahiva ont dû faire regretter Bourbon ! Au sud de l’île, les sommets alpestres sont dominés par le Piton de Fournaise, cratère du volcan qui de nos jours encore, à des intervalles fréquens, allume ses incendies sur l’horizon. N’étant jamais accompagnées de tremblemens de terre, ce qui est un signé de dégagement facile du gaz et de déclin peut-être dans le foyer de combustion, les éruptions du volcan ont tout l’attrait d’une illumination grandiose : les flammes qui embrasent le ciel, la coulée rouge des laves sur le Grand-Brûlé, le bouillonnement de la mer au contact du torrent de feu qui se noie dans ses flots, sont des spectacles pleins de charme, sans péril pour l’île qui en est le théâtre, et des phares pour les navigateurs qui sillonnent la mer des Indes.

Par un concours de bienfaits rare dans les contrées chaudes, ce pays, si fertile et si pittoresque, est en même temps un des plus salubres du globe. Les premiers explorateurs qu’y porta le courant des aventures au XVIe siècle fuient émerveillés d’y trouver réunis sous un ciel tropical un air pur et balsamique, une chaleur modérée, des pluies rafraîchissantes, une agréable alternance de brises de terre et de mer. En observant que les plaies s’y guérissaient promptement, que les fièvres et les maladies endémiques y étaient inconnues, non moins que les serpens, les reptiles venimeux et les bêtes féroces, l’essaim de Français envoyés de Madagascar en découverte célébra comme un Éden l’île Mascarenas, ainsi nommée du navigateur portugais qui le premier l’avait signalée. La compagnie de Madagascar en fit son hôpital ; les navigateurs de toute nation y déposèrent leurs