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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/84

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de classes, ces privilèges légaux, dont la chute a amené chez nous l’explosion de haines sauvages, causes de si profondes douleurs ; mais l’Autriche renferme des nationalités diverses, des races autrefois ennemies, dont les dissentimens peuvent se raviver. Par l’absolutisme, elle n’est pas arrivée à éteindre des souvenirs irritans : qu’elle essaie donc aujourd’hui de la liberté. Le moment est solennel, et l’heure, on peut le dire, a sonné. À coup sûr, il n’est pas impossible que cet édifice ébranlé se maintienne encore quelque temps sur sa base séculaire, l’Allemagne n’est pas le pays des brusques coups de théâtre, mais elle n’est pas non plus le pays des oublis soudains : la prolongation des luttes religieuses et la persistance des nationalités même les plus petites le prouvent de reste. Pendant quelque temps encore, grâce au dévouement de la noblesse, aux influences de la bureaucratie, aux habiletés des hommes d’état, aux souvenirs du rang qu’elle occupait en Europe, l’Autriche peut donner un démenti aux prophètes qui des quatre coins de l’horizon annoncent sa chute prochaine ; mais il est hors de doute que son organisation intérieure veut être réformée, que ses populations s’agitent, que la plaie des finances est démesurément ouverte. En pareil cas, il ne faut pas hésiter sur les remèdes héroïques et marchander les réformes. Aujourd’hui nulle indécision n’est possible : le despotisme a porté des fruits trop amers ; l’empereur François-Joseph doit subir la leçon des événemens et doter son pays de libertés politiques dont l’aristocratie elle-même comprendra le besoin et protégera le développement. Pour reconquérir sur l’Allemagne l’influence que la Prusse lui dispute, pour se défendre contre la malveillance sourde de la Russie, pour venger de récens échecs et reprendre en Orient le rôle que le sort lui réserve, en un mot pour sauver des mêmes périls sa dynastie et son empire, il ne reste au jeune héritier des Hapsbourg qu’à échanger son pouvoir affaibli d’empereur absolu contre l’autorité régénérée d’un souverain constitutionnel.


BAILLEUX DE MARISY.