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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/823

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de la nature, ils prennent gaiement leur frugal repas de pain et de fromage sec, sans se soucier des rocs voisins qui s’ébranlent avec un bruit de tonnerre, ni des pics qui se détachent en jetant autour d’eux une poussière de neige. « Vos poètes, me disait l’un d’eux, chantent à tout propos les beautés du clair de lune, mais le connaissent-ils ? Pour se faire une idée des richesses et des magnificences de la nuit, il faut avoir bivouaqué sur la tête des Alpes. Là, dans un ciel que n’obscurcit aucun souffle de vapeur, vous voyez la lune qui brille calme, haute et imposante, au milieu d’une cour d’étoiles sèches et claires sur un ciel de jais. À droite et à gauche s’élèvent avec des airs de spectres les solennels glaciers dans leur blancheur morte. Si tous les hommes avaient goûté l’air libre et pur de ces solitudes montagneuses, ils n’en voudraient point respirer d’autres. Quelle joie de marquer l’empreinte de ses pas sur ces neiges vierges et hautaines qui semblent dormir encore plus chastes en s’approchant des cieux ! Avec quelle pitié, l’œil armé d’un télescope, je regardais malgré moi les maisons lilliputiennes des vallées et la vie rampante des habitans ! Gravir la cime escarpée de certaines montagnes n’est pas un amusement sans péril ; mais le courage grandit avec l’enthousiasme au milieu de ces scènes sublimes, et l’âme s’élève de toute la hauteur des difficultés vaincues. »

Le chef des grimpeurs (chief climber) est un hardi chercheur d’aventures et un conteur intéressant qui a vu souvent la mort en face, mais qui compte bien recommencer cette année ses excursions dans les bancs de glace et les solitudes alpines. Il espère aller chercher sur la pointe de je ne sais quelle roche les débris de sa toison, — c’est son vêtement en peau de brebis que je veux dire, — laissés l’année dernière en escaladant les pics ou en glissant sur les pentes des glaciers. Je doute en vérité qu’on rencontrât ailleurs que dans l’excentrique Angleterre un groupe d’hommes assez déterminés, assez habiles et assez ambitieux du danger, pour affronter de sang-froid les obstacles matériels que surmontent avec une sorte d’orgueil et de joie fanatique les membres du Climbing Club.

Toujours sous ce nom de clubs, si familier à l’oreille des Anglais, il existe dans la ville de Londres des sociétés de nuit qui se tiennent dans les public homes. Ce sont des endroits de divertissement où l’on récite des tirades en vers et où l’on fait de la musique. Parmi ces clubs de bas étage, il en est dans lesquels entrent seulement les hommes : ce sont les free and easy clubs ; il en est d’autres où l’on admet le mari et la femme : les derniers prennent alors le nom de cock and hen clubs (clubs du coq et de la poule). Dans cette famille figure le Club des conteurs d’histoires [the Story tellers), qui se tient tous les lundis soir dans Bedford Head Tavcrn. La soirée se passe à narrer des contes, des nouvelles et même de petits romans. Un tel