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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/81

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principaux gisemens. Les provinces voisines du Danube ont des cuivres, des forêts inépuisables. Que faut-il pour utiliser toutes ces ressources ? Du temps et du capital. Un ingénieur éminent qui connaît à fond l’Autriche déclarait que cinquante ans de paix incontestée seraient nécessaires pour élever ce vaste empire au niveau financier et industriel des peuples les plus avancés ; mais ce délai est bien long, et la paix n’est pas très certaine.

À défaut des biens que l’avenir réserve à l’Autriche, le gouvernement peut-il trouver un gage présent à offrir à ses créanciers ? L’organe le plus accrédité de la presse anglaise, le Times, lui donnait, il y a quelques jours, un singulier conseil. — Après avoir vendu la Lombardie, que n’aliénait-il la Vénétie, la Hongrie elle-même ? que ne rendait-il contre deniers comptans leur autonomie aux populations mécontentes ? Il s’affranchirait ainsi de ses obligations et cesserait d’avoir des créanciers ; mais par contre il cesserait aussi d’avoir des sujets. Nous doutons fort que ce soient là les propriétés que l’état songe à aliéner ; quant à celles d’une autre nature dont il se déferait plus volontiers, ses chemins de fer, ses mines, les vastes propriétés foncières que le gouvernement possède sur tous les points du territoire, ou il a déjà battu monnaie avec celles dont il a trouvé un placement utile, ou l’expérience a montré, comme dans le traité particulier avec la banque, que ce n’était pas là une ressource prochainement disponible. Quoiqu’on ait parlé des projets du baron de Bruck relativement aux biens nationaux et que la vente des domaines de la couronne hongroise semble résolue [1], quoique la banque de Vienne puisse souhaiter de tenir en ses mains ces gages territoriaux dont elle n’a pas été maîtresse jusqu’ici de faire usage, il n’est pas à présumer que cette aliénation des biens nationaux puisse s’opérer assez vite et sur une échelle assez large pour parer aux besoins présens, surtout si l’on exigeait des acquéreurs, comme cela serait nécessaire, le paiement en espèces.

Donc, puisque le gouvernement autrichien ne peut ni vendre un assez grand nombre de propriétés, ni les vendre assez vite pour payer ses dettes, il devra user de l’un des deux seuls moyens de libération qui lui restent, — l’emprunt ou la contribution ; il faudra qu’il trouve des prêteurs ou des donateurs. Seulement à quel taux empruntera-t-il, et de qui ? Les métalliques sont tombées récemment à 68 francs ; le florin de 2 francs 50 centimes a valu ces jours derniers 1 franc 83 centimes. Après de récentes expériences et un emploi si improductif de la paix, suppose-t-on que le gouvernement puisse

  1. Le château de Vajda-Huniad en Transylvanie, l’ancienne résidence des rois Jean et Mathias, vient d’être aliéné, au grand mécontentement des populations, et une société industrielle qui s’est fondée à Cronstadt se propose d’y établir des hauts-fourneaux.