Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/804

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


conséquence de telles institutions qui se pressent les unes contre les autres non-seulement à Londres, mais dans toute la Grande-Bretagne (car il n’y a guère de ville de garnison qui n’ait son united service), fut de soustraire les officiers à la vie des cafés et des tavernes. Les cafés du West-End n’existent presque plus que pour les étrangers : l’Anglais n’aime point ces établissemens où se trouve une société mêlée et où se croisent des flots de paroles indifférentes. Chaque club au contraire a, comme dit Mme de Sévigné, un tour de conversation particulier, qui sent son cru. Dans les clubs militaires, on s’entretient surtout des promotions dans l’armée, de manœuvres, de campagnes et de batailles. Ces lieux de récréation deviennent ainsi dans certains cas des écoles mutuelles où celui qui sait davantage instruit celui qui sait moins. Le duc de Cambridge, qui présidait il y a deux ou trois ans un banquet du Junior United Service, profita de l’occasion d’un toast pour donner d’excellens conseils aux jeunes officiers. Il était surtout curieux de voir un prince du sang placé à la tête de l’armée appeler lui-même la libre discussion, je dirais presque la libre critique du club sur les actes du gouvernement : il ne demandait grâce que pour les intentions des chefs.

L’exemple qu’avait donné l’armée ne tarda point à être suivi par l’élément civil de la société anglaise. L’United Service était à peine fondé que les avantages matériels dont ce système économique avait ouvert la source inspirèrent à d’autres classes le goût de l’association. L’influence devait atteindre en premier lieu les individus qui avaient contracté des liens et des habitudes de famille en dehors de la famille elle-même. À l’époque dont je parle, plusieurs membres de l’université qui, durant leur vie de collège, étaient accoutumés à dîner tous les jours sous le même toit, à se réunir dans les mêmes salles d’étude et de lecture, se trouvaient à Londres misérablement seuls. L’idée leur vint d’instituer un club auquel ils donnèrent le nom d’United University, et qui s’installa dans un lourd bâtiment à l’air grave et vénérable comme un docteur en divinité. Un autre édifice d’un style plus monumental, d’un goût plus élégant et plus fleuri, s’éleva quelques années plus tard (1835) dans Pall-Mall pour la même classe de lettrés, et prit le nom de Oxford and Cambridge Universities’ club house. C’était en effet comme un rejeton des deux célèbres universités de la Grande-Bretagne, et dulces reminiscitur Argos. Sept bas-reliefs, exécutés par un sculpteur de talent, M. Nichol, décorent les médaillons qui surmontent les fenêtres, et représentent Homère, Bacon, Shakspeare, Milton, Newton et Virgile, les patrons naturels de ce cœnobium classique. Les deux bâtimens donnent bien le caractère des deux clubs, l’United University et l’Oxford and Cambridge. Le premier, l’United University, se compose surtout des pères nobles de la science, des membres sérieux