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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/790

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auquel on invita les hommes les plus laids de la ville. Quelques-uns d’entre eux déclinèrent cet honneur, mais après certaines difficultés la société se fonda. Au banquet d’inauguration, un étudiant de King’s collège, qui avait été surnommé Crab à cause de sa mauvaise mine, accepta bravement les fonctions de chapelain. On fut moins heureux quand il s’agit d’élire un président, car nul ne tenait particulièrement à ce genre de supériorité. Les règles du club étaient gravées sur un tableau ; nul ne pouvait être admis s’il n’était orné de quelque difformité frappante ; à laideur égale, on devait choisir entre deux candidats celui qui avait la peau la plus épaisse. Le nouvel élu, à son entrée, traitait la société avec un plat de morue et prononçait un discours à l’éloge d’Ésope. Le portrait du célèbre bossu figurait d’ailleurs dans la salle avec ceux de Thersite, de Duns Scotus, de Scarron et d’Hudibras. Ce club fit du bruit, et les membres, encouragés par leurs succès, envoyèrent au roi Charles II l’invitation d’être des leurs. Le roi rit beaucoup et dit « qu’il ne pouvait y aller lui-même, mais qu’il leur enverrait un couple de boucs. » Ce club fut plus tard institué à Londres sous le même titre, Ugly Club, par Hatchet, qui a eu l’honneur d’introduire un mot nouveau dans la langue anglaise, les habitans de la Grande-Bretagne appellent encore aujourd’hui hatchet-faced un genre de laideur particulière. Il était surtout célèbre par la longueur et la pesanteur de son nez, sur lequel on raconte une foule d’aventures. Après lui, Jack Wilkes fut élu président perpétuel de cette société dans les premiers temps du règne de George III, et Gabriel Riquetti, comte de Mirabeau, fut nommé à l’unanimité membre honoraire, lors de son voyage à Londres.

L’Ugly Club avait un concurrent, celui des Sans-Nez (the No-Nose Club). Un gentleman à l’humeur fantasque, se promenant dans les rues de Londres, fut frappé un jour du grand nombre d’hommes sans nez qu’il rencontrait, et eut l’idée de les réunir à dîner dans une taverne. Là, il les organisa en une société fraternelle. Ce club se réunissait une fois par mois, quand, au bout d’une année, le fondateur mourut. Les membres, qui, selon leur propre langage, « n’étaient pas gens à se laisser conduire par le nez, » ne voulurent point se soumettre à un autre chef, et se séparèrent. À la dernière séance, un des poètes de la société lut une élégie en l’honneur de celui qu’on venait de perdre, et qui était allé voir leur patronne, la Mort à la face camuse.

Toujours en vertu de ce principe que les semblables se recherchent, il se forma dans le dernier siècle un club d’hommes gras (Club of fat Men). Ces derniers ne se réunissaient point pour se livrer à l’esprit ni à la légèreté de conversation, mais pour se faire noblement vis-à-vis les uns aux autres. La salle de leurs séances,