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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/765

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Il s’est adressé à la compagnie du chemin de fer de Séville à Cordoue pour la construction d’une ligne reliant Tétouan à Ceuta, et c’est un de nos jeunes ingénieurs français, déjà attaché à la ligne de Cordoue, M. Valentin de Mazade, qui a été chargé de cette œuvre. Malheureusement le chemin de Tétouan a été un peu contrarié tout d’abord, comme toutes les opérations de l’armée espagnole, par les tempêtes du détroit, qui empêchaient les débarquemens du matériel. Maintenant, la paix faite, ce tronçon de chemin de fer de Tétouan restera comme un premier pas de l’industrie moderne dans cette partie de l’Afrique.

Le Danemark est un des états de l’Europe qui mènent le plus honorablement et le plus laborieusement une vie pleine de difficultés tant intérieures qu’extérieures. Au point de vue intérieur, il a eu depuis quelque temps une série de crises ministérielles, dont la dernière a été provoquée par la mort subite du président du conseil, M. Rotwitt. Au fond, il faut bien le dire, toutes ces crises avaient une cause principale et permanente qui leur donnait un caractère chronique ; elles tenaient à l’influence exorbitante d’un personnage dont la présence à la cour avait fini par rendre impossible l’existence de tout ministère sérieux. Ce personnage important était M. Berling, favori du roi et de la comtesse Danner. L’intervention de M. Berling dans les affaires du pays n’était nullement un mystère ; elle était arrivée à exciter à Copenhague les plus vives animadversions, qui se manifestaient sous toutes les formes, au point que M. Berling lui-même en venait à s’effrayer quelque peu de cette situation, et tout à coup, il y a trois mois, se décidait à s’exiler volontairement, renonçant à toutes ses charges à la cour et à la liste civile. La tâche du dernier président du conseil était dès lors devenue plus facile, et M. Rotwitt se livrait avec ardeur à ses travaux lorsqu’il a été surpris par la mort. Le ministère qu’il dirigeait est tombé avec lui, et le roi s’est adressé, pour la formation d’un cabinet, à M. Monrad, qui se trouvait alors à Paris. M. Monrad est tout aussitôt retourné à Copenhague. De ce concours de circonstances est sorti le cabinet qui s’est formé il y a un mois, et où figurent M. Monrad lui-même comme ministre des cultes, M. Hall comme président du conseil, M. Tenger comme ministre des finances, le général Thestrup, l’amiral Steen-Bille, M. Wolfhagen, ministre du Slesvig, M. Raaslos, ministre du Holstein. Ce cabinet, peu homogène dans sa composition, aura sans doute plus d’un embarras à surmonter ; il a du moins aujourd’hui en sa faveur l’éloignement du personnage dont la présence à la cour troublait la marche de toutes les administrations.

La grande difficulté pour tout ministère existant en Danemark, c’est, à vrai dire, cette éternelle querelle avec l’Allemagne au sujet des duchés, querelle qui ne peut ni se dénouer ni s’apaiser. Telle est cette terrible question qu’elle se déplace à chaque instant. Tantôt elle est à Francfort, tantôt dans les duchés eux-mêmes, et le plus souvent elle est partout à la fois. À Francfort, si l’on en juge d’après des délibérations encore récentes, la diète semble moins que jamais disposée à faire la part des nécessités qui