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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/764

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Tétouan, qu’elle emportait au dernier moment de haute lutte, et où elle s’est établie. Ce qu’on peut dire de la stratégie de cette campagne du Maroc, nous n’en savons rien ; ce qui est certain, c’est qu’elle a montré des hommes, et que les généraux Prim, Ros de Olano, Echague, Zavala et bien d’autres, sous le vigoureux commandement d’O’Donnell, ont été les dignes chefs de leurs soldats.

La gloire de ces vaillans soldats aujourd’hui, c’est d’avoir conquis la paix. C’est aussitôt après la prise de Tétouan que la première pensée d’accommodement est venue aux Marocains ; mais ils n’étaient pas assez battus, à ce qu’il paraît, et les négociations ouvertes à ce moment ne conduisaient à rien. Il a fallu que l’armée espagnole, un peu reposée, se mît en disposition de marcher sur Tanger ; il a fallu qu’elle infligeât une nouvelle et plus sanglante défaite aux Marocains, qui l’attendaient au passage du Fondouck, pour que ceux-ci se résignassent à subir la loi du vainqueur. La paix dictée par le général O’Donnell se résume en quelques articles. L’Espagne agrandit son territoire autour de Ceuta, et elle gagne le poste de Santa-Cruz sur l’Océan. Elle aura le droit de se faire représenter à Fez et d’avoir dans cette ville une maison de missionnaires. Elle sera traitée, au point de vue commercial, dans l’empire du Maroc comme la nation la plus favorisée. La convention signée, il y a un an, au sujet des territoires de Melilla est confirmée. Enfin l’empereur du Maroc doit payer une contribution de guerre de 400 millions de réaux ou 100 millions de francs, et la ville de Tétouan sera occupée par l’Espagne jusqu’à l’entier acquittement de cette contribution. Il ne reste plus maintenant qu’à transformer ces préliminaires en un traité définitif qui doit être immédiatement négocié. Nous ne savons si le patriotisme espagnol, dans son premier élan au début de la guerre, n’avait point rêvé d’autres combinaisons et une autre destinée en Afrique. Une chose est bien claire, c’est que le moment était venu où des difficultés de plus d’une sorte pouvaient se produire à la fois. Au lieu de s’engager plus avant dans une entreprise dont on n’aurait pu désormais déterminer que difficilement les proportions et le terme, le général O’Donnell a préféré signer une paix qui donne à l’Espagne un agrandissement de territoire, des positions sur l’Océan, en même temps qu’elle laisse l’empereur du Maroc dans un état de crainte salutaire par la contribution qui lui a été imposée et par l’occupation de Tétouan. Voilà le résultat qui a été immédiatement ratifié à Madrid, et qui sera ratifié par le pays. L’Espagne s’enorgueillit justement de son armée, dont elle a suivi avec émotion les mâles travaux ; elle sera heureuse de la paix, dont les cortès seront bientôt appelés sans doute à sanctionner les conditions.

Un des phénomènes des guerres actuelles, c’est que partout où une armée paraît désormais, elle appelle à son aide l’industrie, fille de la paix. Le général O’Donnell était à peine arrivé à Tétouan, que, pour assurer la régularité et la promptitude de ses communications, il a senti le besoin d’avoir une route un peu moins sommaire que celle que ses soldats venaient de s’ouvrir.