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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/763

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pourra-t-il maîtriser les fermens de révolte qui existent dans les États-Romains et dans le royaume de Naples ? Il y a là bien des doutes, mais qui, nous le croyons, seront favorablement résolus par les événemens. Nous serions heureux que la présence d’un des plus illustres généraux de notre armée dans les états pontificaux, le général Lamoricière, pût exercer une influence pacificatrice. Le général Lamoricière, sur l’invitation du pape, est allé examiner le parti militaire qu’il serait permis de tirer des troupes pontificales pour la défense du saint-siège. On dit que si le général croit, après examen, pouvoir accepter le commandement de ces troupes, le pape lui-même demandera au gouvernement français l’autorisation nécessaire au général pour l’accomplissement de cette mission. Nous ignorons encore quelle sera l’issue du voyage du général Lamoricière ; mais l’offre seule que le pape lui a faite révèle déjà dans la cour de Rome des tendances favorables aux concessions libérales que l’on attend d’elle. Le nom du général Lamoricière n’est pas seulement un de nos plus beaux noms militaires, c’est encore un des noms les plus honorables du libéralisme français En s’adressant à un tel homme, le pape remonte heureusement vers les premières années de son règne. Il revient au temps où il prenait un Rossi pour ministre. Le général Lamoricière auprès du pape sera un Rossi portant l’épée.

S’il est vrai que le plus beau moment d’une guerre, même la plus glorieuse, soit l’heure où l’on retrouve la paix, l’Espagne a la satisfaction d’en être arrivée là aujourd’hui. Elle fait sa paix avec le Maroc après avoir connu toutes les mâles émotions d’une lutte dont il était justement difficile de préciser l’objectif politique. Le général O’Donnell, maintenant duc de Tétouan, a résolu le problème par les préliminaires qu’il vient de signer, et qui ont été approuvés à Madrid. Cette guerre, il est vrai, se poursuivait en Afrique, dans un empire barbare où la civilisation ne fleurit guère, et dans des circonstances où de bien autres questions tenaient en suspens l’attention de l’Europe. N’importe, elle avait son intérêt, et elle a eu pour l’Espagne un prix peut-être supérieur aux avantages de la paix actuelle, en lui montrant ce qu’elle peut toujours attendre de ses soldats. Il y a cinq mois que cette armée espagnole d’Afrique débarquait à Ceuta, et depuis ce moment elle n’a cessé de montrer la martiale et virile attitude, des plus vieilles armées. Elle n’a pas eu seulement à combattre chaque jour des ennemis acharnés qui l’attendaient à chaque repli de terrain, qui l’assaillaient en désordre dans ses mouvemens ou dans ses travaux ; elle a été obligée de se frayer un chemin pied à pied, avançant lentement, sous des intempéries exceptionnelles, presque privée quelquefois de communications avec l’Espagne par un mauvais temps obstiné, décimée par les maladies, campant dans la boue et supportant vraiment, quoique sous un climat plus doux, quelques-unes des épreuves de nos soldats de Crimée dans le cruel hiver de Sébastopol. L’ennemi était moins habile et moins terrible sans doute, les épreuves matérielles étaient presque aussi rudes et n’ont pas été moins héroïquement supportées. C’est ainsi que cette armée marchait pas à pas sur