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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/75

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les représentans d’une pensée publique obscure d’ailleurs et mal définie ? Pour peu qu’on ait traversé l’Autriche, on a dû être confondu de la médiocre estime où l’on tient cette grande puissance appelée chez nous la puissance de l’esprit. L’aristocratie française la subissait avant 1789 ; la démocratie moderne vit par elle, tout en lui donnant une rivale. À Vienne, la science trouve à peine crédit : après l’éclat des noms et des titres, le pouvoir de l’argent se fait une place souvent discutée ; mais les professions libérales, les dons de la parole et de l’intelligence n’assignent aucun rang. Citerait-on une décoration donnée à un simple publiciste ? De pareilles mœurs, il faut l’avouer, ne sont pas compatibles avec les progrès intérieurs, avec les projets et les entreprises, avec l’éclosion des idées nouvelles propres à montrer au gouvernement la voie qu’il doit suivre. Et cependant le silence accoutumé de l’opinion, l’apathie traditionnelle de l’esprit autrichien ont fait place dans ces derniers temps à un mécontentement sourd qu’il faut prendre en aussi grande considération que les plaintes ouvertes des Hongrois et les réclamations des protestans. De tous les faits caractéristiques de la situation actuelle ressort donc l’évidente nécessité de donner une existence active, une vie énergique à ces populations souffrantes ou inquiètes. Comment y arriverait-on ? — Est-ce en accordant aux communes une liberté locale qui ne dépasserait point les limites de la constitution patriarcale pour ainsi dire ? — En restituant aux anciennes provinces leurs droits et privilèges, en relevant les diétines des comitats, les diètes du royaume de Hongrie, les états du Tyrol, les états-généraux d’Agram, en rendant aux royaumes annexés ou conquis leur langue, leur autonomie, leur budget et leur caisse spéciale ? — En fondant enfin d’une manière définitive l’unité autrichienne, en substituant à toutes ces libertés provinciales une liberté commune, aux représentations hongroises, slaves, bohèmes ou tyroliennes une représentation libre siégeant à Vienne ?

De ces trois partis, le gouvernement autrichien étudie encore le premier. L’épreuve inutile qu’il vient de faire par l’institution des commissions des hommes de confiance prouve à la fois son désir de promulguer enfin des lois communales satisfaisantes et l’insuffisance de ce moyen pour calmer le mécontentement public. Quant au second, — la restauration des privilèges spéciaux à chaque race, la reconstitution des nationalités, — il s’accorde avec la prétention hautement avouée de la Hongrie, avec l’espoir secret des Galiciens, des Tyroliens, des Croates eux-mêmes. Il y a certes beaucoup à dire en faveur de ce système, qui ferait de l’empire autrichien une fédération d’états ayant sous la protection allemande une vie intérieure différente, avec des intérêts extérieurs communs. On invoque à