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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/73

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douées sous le rapport de la fertilité, traversées par le plus grand fleuve de l’Europe, voie forcée de la civilisation occidentale vers l’Orient. Dans les 38 millions de sujets soumis au sceptre de la maison de Hapsbourg, réduits à 35 par la perte de la Lombardie, l’ancien royaume de Saint-Étienne en compte 13 de races diverses, il est vrai, mais parmi lesquelles 5 millions de Hongrois et 1 million de Croates forment la population la plus belliqueuse de l’empire. Ces provinces, dont l’étendue dépasse de cinq cents lieues celle de l’Angleterre, n’ont pas été conquises et forcées de subir la loi du vainqueur. C’est en 1526, alors que l’empire d’Autriche n’existait pas encore, qu’elles se sont réunies volontairement sous le pouvoir de Ferdinand Ier, frère de l’empereur Charles V, stipulant pour leur autonomie et leurs libertés locales, imposant à tous les successeurs de Ferdinand le titre de roi de Hongrie, et déclarant n’entendre jamais subir la règle du de nobis sine nobis. Il n’entre pas dans notre plan de raconter comment, après avoir su diviser les magnats hongrois en deux camps, créer deux diètes rivales à Pesth et à Presbourg, fomenter les mécontentemens des Slaves, des Croates, des Serbes contre les Magyars, le gouvernement autrichien, qui tout d’abord n’avait fait qu’usurper le droit de nommer les administrateurs des comitats, se vit forcé en 1848 d’adopter les réformes libérales proposées à la diète de 1847, puis, après la victoire due à l’intervention de l’empereur Nicolas, confisqua à son profit l’existence propre du pays, cette fois réellement conquis : l’empereur d’Autriche ne lui laissa ni ses libertés, ni ses lois, ni sa langue ; il répudia même le nom de roi de Hongrie, qu’un sacre solennel devait proclamer à chaque règne nouveau. En échange de tant de biens perdus, le gouvernement de l’empereur François-Joseph donna aux populations hongroises un bien précieux et inestimable réclamé par les libéraux hongrois avant 1848, l’égalité civile et l’abolition des droits féodaux. Pendant plusieurs années, cette conquête devait suffire aux vrais besoins des peuples, elle pouvait réconcilier toutes les races dans un commun sentiment de fraternité et de délivrance, mais ce devait être à la condition que ce premier bien servît de point de départ à d’autres améliorations non moins précieuses, et qu’une nouvelle communauté de souffrances ne réveillât point le souvenir des anciennes institutions. Or il est impossible de ne pas reconnaître que Vienne n’a rien fait pour rendre fructueuse l’union contre laquelle luttaient de vieux et nobles souvenirs. L’administration et la justice n’ont obéi à aucune règle fixe ; les impôts se sont accrus sans limites, la langue allemande à remplacé dans la vie officielle non-seulement le hongrois, — que les Slaves avaient tant reproché aux Magyars d’avoir voulu substituer au latin, — mais les