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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/724

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Le modèle de carabine à tige adopté en 1846, où tous ces perfectionnemens sont réalisés, a une portée extrême de 1,300 mètres et une action redoutable jusqu’à 1,000, car à cette distance la moitié des coups atteindraient un plateau circulaire de 5 mètres de diamètre avec une force suffisante encore pour traverser une planche épaisse de bois blanc. Telle est l’impulsion que 4 grammes 1/2 de poudre donnent à un poids de plomb plus que décuplé. La cartouche n’offre aucune difficulté particulière de fabrication ni de transport ; mais comme la balle entre juste dans le canon de l’arme, il faut avoir la précaution de graisser légèrement le papier pour en faciliter le passage. C’est ce qui a été la cause ou plutôt le prétexte de la révolte des cipayes dans l’Inde, car si le porc est en horreur aux musulmans, le bœuf est l’objet de la vénération des Hindous, et de quelque graisse que se servît le gouvernement anglais, il courait le risque de blesser des préjugés religieux, les plus intraitables de tous.

À l’époque de la guerre de Crimée, la Russie en était probablement à l’essai des divers procédés déjà passés en France dans la pratique usuelle. Dans ses troupes, chaque bataillon comptait un peloton de soldats munis d’armes rayées, la plupart provenant des fabriques de Liège, et leurs balles appartenaient à tous les systèmes successivement essayés chez nous. Il s’en trouvait même dont le forcement reposait sur un principe différent de celui dont nous avons parlé. Dans ce système, alors à l’essai et depuis adopté exclusivement en France, la tige de la carabine est supprimée, la balle entre toujours sans frottement et conserve sa forme cylindro-ogivale ; mais elle est évidée à sa partie postérieure, disposition qui présente aux gaz de la poudre un espace où ils peuvent s’introduire. L’expansion de ces gaz distend les parois de la cavité, et oblige le métal à entrer dans les rayures. La balle n’est forcée qu’au moment même où elle sort, et la culasse étant débarrassée de la tige, le nettoyage de l’arme est beaucoup plus facile. On agit timidement d’abord, car il semblait douteux que les gaz eussent assez d’énergie pour opérer seuls le forcement, et divers moyens auxiliaires furent imaginés pour en seconder l’action. Tous ces procédés accessoires ont été abandonnés depuis, et il a été reconnu qu’il suffisait de donner à la cavité intérieure des dimensions convenables pour que le forcement se fit sans l’aide d’aucun intermédiaire. La partie lourde de la balle se trouvant ainsi reportée en avant, toute tendance au retournement est annulée. Les essais comparatifs faits à Vincennes ont établi qu’il était possible d’obtenir d’un projectile forcé par l’expansion des gaz des résultats supérieurs à ceux donnés par la carabine à tige ; aussi a-t-on adopté cette forme de balle pour les bataillons de chasseurs à pied. Il a paru même que le moment était venu d’appliquer le carabinage