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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/712

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dans quelques conditions simples, ou lorsque quelques-uns seulement des élémens de la question viennent à se modifier. Limités ainsi au contrôlé de l’expérience, les efforts des théoriciens n’ont pas été sans utilité, et ils ont par leurs recherches amené de notables améliorations dans la fabrication et dans l’usage des armes et des munitions. En voici un exemple assez récent et assez curieux, car il s’agit d’un perfectionnement que l’on aurait pu obtenir depuis longtemps peut-être, et qui pourtant a été tout à fait inattendu ; mais les choses qui paraissent les plus simples sont souvent les dernières à se présenter à l’esprit, et il a fallu cette fois, pour atteindre le but, la perspicacité de l’un de nos plus savans officiers d’artillerie, M. le général Piobert.

L’idée d’accélérer le chargement des canons en préparant les charges à l’avance dans des sachets d’étoffe ou de parchemin que l’on appelle des gargousses ne remonte pas très loin. Sous Louis XIV encore, la poudre était portée au fond de l’arme dans une sorte de grande cuiller, une lanterne, pour employer le mot technique. Le boulet en était séparé par un bouchon de paille ou de foin servant de bourre, et cette manœuvre compliquée ne permettait jamais de réunir complètement la charge. Aussi les gargousses, dès qu’elles furent imaginées, reçurent un accueil favorable. Elles étaient d’abord assez mal faites, mais on ne tarda guère à les préparer avec ce soin minutieux que met le corps de l’artillerie à tout ce qu’il exécute. Bientôt cependant on s’aperçut avec surprise que la durée des canons n’était plus, à beaucoup près, la même qu’aux temps passés : excellent texte de plaintes pour les vieux officiers, d’autant plus que la mauvaise qualité des pièces était surtout manifeste dans les écoles où tout le reste, matériel et gargousses, était dans un excellent état. De là contre les fondeurs des récriminations nombreuses et passionnées, dont on trouve même la trace dans les écrits de Montalembert, un général de cavalerie. Le temps en a fait justice ; mais alors il semblait impossible d’y répondre. La durée des canons atteignit encore des limites raisonnables tant que l’on conserva l’usage des bouchons de paille ; mais lorsque, pour accélérer le tir, on crut pouvoir en supprimer l’emploi, il arriva qu’une centaine de coups, et souvent moins, suffisaient pour mettre hors de service des pièces de bronze en apparence irréprochables. À bord des navires de guerre, où l’amiral Lalande avait aussi introduit la suppression des bouchons et des valets de cordages, la durée régulière d’une pièce de fonte était limitée à cinq cents coups, et l’on voyait parfois des canons éclater avant d’avoir atteint ce chiffre. Un peu de réflexion aurait fait comprendre qu’il ne fallait pas chercher la cause de ces accidens dans une infériorité du