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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/703

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raffinage nécessaire pour le purifier s’opère toujours en France par des procédés portés à un haut degré de perfection, et que l’on a cherché à imiter avec plus ou moins de bonheur dans les autres pays. Pour faire une concurrence dangereuse à nos industriels, il a fallu la découverte, dans l’Amérique centrale, d’un banc de plusieurs lieues d’étendue d’un produit naturel presque pur.

Dans quelques pays du nord seulement, où un climat plus rude est moins favorable sans doute à l’absorption par les plâtras des matières azotées nécessaires à la formation du salpêtre, on a combiné des artifices plus ingénieux encore. D’après les conseils du célèbre chimiste Berzélius, les Suédois construisent dans les terrains de pacage des murettes ou clôtures d’un mortier mêlé de fiente de mouton. Ces abris utiles aux troupeaux sont démolis après deux ou trois ans, et les débris lessivés donnent un produit assez avantageux pour acquitter une contribution que le gouvernement exige en nature, afin d’encourager une industrie sans laquelle une guerre maritime pourrait lui causer de graves embarras. C’est un résultat singulier, mais indubitable, d’une expérience prolongée, que le contact de matières animales en décomposition avec les cendres ou les mortiers suffit pour donner naissance au salpêtre, le nitrate de potasse des chimistes. Ne se forme-t-il que dans de telles conditions ? Après avoir longtemps dit oui, la science hésite maintenant. Des météorologistes ont trouvé dans l’eau de pluie, surtout dans celle qui tombe au commencement des orages, de faibles quantités d’acide nitrique, l’un des principes constitutifs du salpêtre. Suivant Arago, cette observation devait mettre sur la trace des réactions qui produisent ce corps singulier que nous voyons naître journellement sous nos yeux sans pouvoir en découvrir la cause. L’esprit ingénieux du savant était frappé de cet effet de la foudre élaborant dans les hautes régions de l’air cette autre foudre asservie aux volontés, aux passions et aux vengeances des hommes. Quoi qu’il en soit de cette origine céleste, ce n’est qu’après avoir subi des préparations toutes terrestres que le salpêtre peut être employé dans nos usines. Il faut un raffinage très complet pour le débarrasser des moindres traces de matières étrangères susceptibles d’altérer la qualité de la poudre en attirant l’humidité de l’air, et cette condition est même des plus impérieuses, car, sans une grande siccité et une composition constante, on ne saurait compter sur une action énergique et régulière, non plus que sur la précision des effets.

Le soufre n’exige pas, comme le salpêtre, les soins d’une fabrication minutieuse, mais on ne saurait se le procurer dans notre pays à l’état de nature. C’est une production spéciale aux terres volcaniques, et le privilège d’en fournir le reste du monde n’est qu’une