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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/679

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grave à beaucoup d’esprits et qu’il y ait eu, au vote de la loi, une certaine résistance dans l’opinion. La résistance a été d’autant plus forte qu’on voyait l’état venir au secours de compagnies puissantes, et dont la plupart donnaient de beaux dividendes à leurs actionnaires ; cela paraissait de la générosité mal placée, on aurait voulu attendre au moins que les compagnies fussent dans une situation plus malheureuse, et que l’impossibilité de tenir leurs engagemens fût bien démontrée par l’expérience. Nous ne savons pas ce qu’on aurait gagné à cette expérience, et il est facile de prévoir ce qui serait résulté de cet ajournement : les compagnies, frappées de plus en plus de discrédit, auraient emprunté aux conditions les plus onéreuses ; cela aurait amené non-seulement la ruine des actionnaires, mais jeté une perturbation dans le crédit public, et un beau jour, à bout de ressources et de crédit, les compagnies ne trouvant plus à emprunter, il aurait fallu prononcer leur déchéance, et l’état aurait dû prendre à sa charge la continuation des travaux. Nous ne disons pas que cela serait arrivé infailliblement, mais que cela était à craindre pour quelques compagnies ; nous demandons alors ce que l’état y aurait gagné.

Le système de l’exécution des chemins de fer par l’état étant aujourd’hui jugé et condamné à tous les points de vue, aurait-on eu recours à d’autres compagnies ? Il aurait fallu leur faire des conditions plus avantageuses ; il aurait fallu revenir au système de la loi de 1842, ou accorder des subventions. L’état a préféré ne donner que son concours moral aux compagnies, car la garantie d’intérêt n’est pas autre chose, tant qu’elle ne devient pas effective, et moyennant ce concours moral il a la certitude aujourd’hui qu’il n’y aura pas d’entrave dans la continuation des travaux, que le réseau secondaire sera terminé dans le délai voulu. Il ne pouvait pas obtenir un pareil résultat à meilleur marché. Lorsqu’un créancier intelligent est vis-à-vis d’un débiteur qu’un discrédit fâcheux et immérité peut faire tomber en déconfiture, il lui prête son propre crédit, il l’aide à traverser les circonstances difficiles, et il sauvegarde ainsi sa créance, que des mesures rigoureuses auraient compromise. L’état a fait de même vis-à-vis des compagnies : à tort ou à raison, elles étaient atteintes d’un discrédit qui pouvait les mettre dans l’impossibilité de remplir leurs engagemens ; l’état, qui tenait, qui devait tenir à l’exécution de ces engagemens, a cherché à quelles conditions, les moins onéreuses pour lui, il pouvait se l’assurer, et il a trouvé la garantie d’intérêt. Par conséquent, lorsqu’on représente la loi du 11 juin 1859 comme une loi toute de secours en faveur des compagnies, on se trompe. Elle a été non moins utile à l’intérêt de l’état, c’est-à-dire à l’intérêt public, qu’à celui des compagnies ; on peut