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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/656

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REVUE DES DEUX MONDES.

Les horticulteurs savent qu’il y a beaucoup de plantes hybrides fécondes. « On a pu de façons bien diverses croiser les nombreuses espèces de pelargonium, de fuchsia, de calceolaria, de pétunia, de rhododendron, et beaucoup de ces hybrides donnent de la graine. Si les hybrides, bien entretenus, diminuaient de fertilité à chaque génération, comme le croit Gärtner, les jardiniers ne pourraient ignorer ce fait. » Dans le règne animal, la stérilité des hybrides paraît infiniment plus marquée que dans le règne végétal. M. Darwin déclare hautement qu’il ne connaît pas un seul exemple parfaitement authentique d’hybride animal fécond. Il ajoute que le phénomène de la génération est bien plus facilement gêné chez les animaux que chez les plantes. On sait très bien que la captivité suffit pour y mettre obstacle dans beaucoup d’espèces. Les anomalies, soit intérieures, soit organiques, affectent avant toute autre chose ce je ne sais quoi de profond et de mystérieux d’où dépend la transmission régulière du principe vital. Et quelle plus grande anomalie peut-on imaginer qu’une double organisation, empruntée à deux êtres différens, pareille à ces vêtemens bizarres qu’on portait au moyen âge, coupés en deux moitiés de couleur différente ?

Toutes les espèces ne se croisent pas avec la même facilité : on serait assez naturellement tenté de croire que la disposition au croisement est d’autant plus grande que les affinités organiques sont mieux marquées ; il n’en est pourtant pas toujours ainsi. M. Gärtner s’est assuré que des espèces végétales très voisines ne se marient pas entre elles, tandis qu’il a obtenu la fécondation mutuelle de plantes qui, par les fleurs, les caractères extérieurs, la longévité, les stations géographiques naturelles, sont essentiellement dissemblables. La fertilité dépend d’ailleurs du sens même du croisement : l’étalon peut être croisé avec l’ânesse, comme l’âne avec la jument ; mais la fécondation est souvent beaucoup plus facile d’une manière que de l’autre. Kölreuter, par exemple, dit que la mirabilis jalappa est aisément fécondée par le pollen de la mirabilis longiflora, et que les hybrides ainsi obtenus sont encore assez fertiles, tandis que pendant huit ans il essaya en vain, à plus de deux cents reprises, de fertiliser la seconde espèce par le pollen de la première. Quand le croisement réciproque peut être accompli, il y a pourtant toujours quelque différence dans la fécondité des hybrides obtenus par l’un ou l’autre moyen. M. Darwin se demande s’il faut conclure de ces lois complexes et singulières que l’infertilité des mariages entre espèces est destinée uniquement à empêcher celles-ci de se confondre dans la nature ; il ne le pense pas. « Pourquoi, remarque-t-il, la stérilité varierait-elle entre des limites aussi éloignées, quand différentes espèces sont croisées ? Pourquoi le degré de stérilité serait-il inné et variable dans les divers individus appartenant à une même