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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/655

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NOUVELLE THÉORIE D’HISTOIRE NATURELLE.

régulières et savamment dessinées de la classification ordinaire, ils ne veulent pas s’aventurer sur le sable mouvant d’une théorie qui fait sortir les espèces les unes des autres par une sorte d’évolution perpétuelle.

La plasticité des formes organiques a, dit-on souvent, des limites infranchissables. L’œuvre de la sélection rencontre, dans quelque sens qu’elle s’opère, un terme fatal. Les moyens artificiels employés pour créer des races nouvelles n’ont jamais abouti à de véritables espèces, puisque les individus appartenant aux variétés obtenues par ces moyens ont toujours pu être croisés, et donnent naissance à des produits féconds. Le croisement des espèces proprement dites amène au contraire la stérilité. En condamnant les hybrides à l’impossibilité de se propager, la nature semble avoir voulu empêcher la confusion des formes auxquelles elle a communiqué l’existence. Je ne cherche pas, on le voit, à amoindrir l’objection des partisans de l’école de Buffon et de Cuvier ; mais examinons si le phénomène de la reproduction trace en réalité une ligne de séparation aussi tranchée entre les espèces et les races. Cette question des hybrides est assurément une de celles qui, en histoire naturelle, demeurent entourées de plus d’obscurité ; le jour commence à peine à y pénétrer, surtout dans le règne végétal, grâce aux beaux travaux botaniques de deux naturalistes allemands, Gärtner et Kölreuter. Sans réussir à expliquer les mystères de la propagation, ces savans ont du moins enrichi la science de faits extrêmement curieux ; ils ont ébranlé les idées absolues qui ont eu longtemps cours sur le sujet difficile dont ils ont abordé l’investigation. Les expériences de Gärtner sont d’autant plus précieuses, qu’elles avaient été entreprises dans l’intention spéciale de démontrer la stérilité des hybrides provenant du croisement de deux espèces distinctes, et la fécondité des métis qui résultent du croisement des simples sous-espèces ou variétés. Ces expériences font voir que, si l’on préserve des plantes hybrides du pollen des plantes qu’on a mariées, les hybrides manifestent une disposition à la stérilité qui augmente de génération en génération. La germination s’est quelquefois arrêtée très rapidement ; mais avec certains végétaux M. Gärtner l’a vue se renouveler jusqu’à huit fois. Observons d’ailleurs, comme le fait à bon droit M. Darwin, que des plantes soumises à des expériences et complètement isolées sont dans des conditions anomales très défavorables au point de vue de la reproduction. La fécondité des plantes ordinaires a besoin, pour être surexcitée, du libre et continuel mouvement des germes, et la disposition à la sociabilité, est si marquée dans le règne végétal, que la plupart des plantes hermaphrodites elles-mêmes sont plutôt fécondées par leurs voisines que par leur propre substance.