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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/641

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principales, le plan de la composition de Léonard, et quoiqu’on puisse se figurer par quels prodiges d’exécution il aurait atténué la faiblesse de l’invention, s’il eût terminé la peinture qu’il ne fit que commencer dans la salle du Palais-Vieux, il faut dire que, d’après le peu que nous savons, c’est avec raison que l’opinion publique, incroyablement excitée et passionnée par ce duel entre les deux plus grands artistes de ce temps, se prononça si nettement pour Michel-Ange.

Léonard commença son carton dès février 1504. Il était terminé au mois d’avril de l’année suivante, car nous savons, par les belles recherches du docteur Gaye, qu’à cette époque la peinture était commencée dans la salle du Palais-Vieux. La seigneurie de Florence lui avait alloué 15 florins larges en or par mois, et lui avait adjoint plusieurs peintres qui travaillaient sous sa direction. L’œuvre n’était pas encore achevée en août 1505, lorsque tout à coup il l’abandonna. Toujours préoccupé d’inventions nouvelles, il avait recouvert le mur d’un mastic qui coulait ; mais il se peut que cette circonstance et son insouciance habituelle ne soient pas les raisons principales qui lui aient fait abandonner ce travail, et il est probable que l’éclatant succès du carton de Michel-Ange ne fut pas sans influence sur sa détermination. La peinture de Léonard de Vinci existait encore en 1513, mais très détériorée, car les magistrats de Florence furent obligés, à cette date, de la faire entourer d’une armature, afin qu’elle ne se détruisît pas tout à fait. À partir de cette époque, on perd toute trace de cet ouvrage.

C’est en 1505, pendant qu’il travaillait encore à la peinture du Palais-Vieux, qu’il fit les modèles des trois statues coulées par Francesco Rustici, qui se trouvent encore au-dessus de la porte septentrionale du baptistère de Florence. Dès le mois d’août de l’année suivante, il retournait à Milan, et Charles d’Amboise, maréchal de Chaumont, gouverneur de la Lombardie pour Louis XII, lui témoignait déjà cette vive amitié qu’il lui garda jusqu’à sa mort [1]. Le maréchal faisait en effet demander à la seigneurie de Florence, le 19 août 1506, qu’on permît à Léonard de prolonger son séjour auprès de lui à Milan, « car il avait besoin de son travail pour un petit espace de temps. » La réponse de la seigneurie n’avait sans doute pas été favorable, car au mois d’octobre suivant le maréchal écrit lui-même : « Comme nous avons encore besoin de maître Léonard,

  1. Le beau portrait du Louvre n° 404, qui passait jusqu’à ces dernières années pour représenter Charles VIII ou Louis XII, est celui du maréchal de Chaumont, comme l’a très bien démontré M. Ch. Leblanc dans l’Iconographe. Ce portrait, qui a été longtemps attribué à Léonard, n’est certainement pas de lui. M. Waagen le donne à Beltraffio ; il est, selon toutes les probabilités, d’Andréa Solari.