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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/629

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la dégradation de l’ouvrage le plus parfait qui soit sorti de la main d’un peintre.

La composition de la Cène est très connue ; elle a été popularisée par la gravure de Morghen, si belle de burin, malheureusement si fausse de caractère. Que sont devenus dans cette reproduction molle et monotone ces types si variés, si fermes, si distingués, ce dessin précis sans sécheresse, ce modelé puissant et moelleux, ces expressions de physionomies vives, nettement écrites, et qui ne touchent cependant jamais à l’exagération ? Nous possédons heureusement dans les copies nombreuses et contemporaines qui ont été faites de ce chef-d’œuvre, ainsi que dans les cartons et les dessins de la main même de Léonard, des documens suffisans pour apprécier cette peinture méconnaissable aujourd’hui, mais dont la supériorité était si manifeste que François Ier, pendant son séjour à Milan, eut sérieusement l’intention de faire transporter à Paris la muraille de Sainte-Marie-des-Grâces, et n’abandonna ce projet que parce que les ingénieurs reculèrent devant la difficulté de l’entreprise. Les dessins qui se rapportent à la Cène sont nombreux. Les premières esquisses, à peine indiquées, se trouvent à l’académie de Venise. Le volume du Louvre renferme deux ou trois têtes d’études qui paraissent avoir servi à Léonard pour cette composition. Enfin on possède les cartons dessinés au pastel, grands comme nature, des têtes du Christ et des apôtres, dont parle Lomazzo. Les têtes de saint Jacques, de saint Jean et du Christ sont restées en Angleterre. Les dix autres se trouvaient il y a quelques années dans la collection du roi de Hollande ; elles ont été vendues en 1850 et sont maintenant à Pétersbourg. On conserve à Milan, au musée de Brera, une très belle tête du Christ, également grande comme nature, dessinée à la pierre noire et à la sanguine. On connaît plus de quarante copies et les imitations plus ou moins anciennes de la Cène. La plus célèbre et de beaucoup la meilleure est celle que Marco d’Oggiane peignit sur toile vers 1510, et qui se trouve à l’académie de Londres ; elle est exactement de la grandeur de l’original, qu’elle reproduit dans ses plus minutieux détails. Celle que possède le musée du Louvre est d’un tiers moins grande que la précédente, très exacte également ; elle paraît être de la même main, quoique moins belle. Cette copie fut commandée par le connétable de Montmorency pour la chapelle du château d’Écouen. La petite copie qui était dans la salle des marguilliers à Saint-Germain-l’Auxerrois, et qu’on attribue à B. Luini, a été tellement repeinte qu’elle mérite à peine une mention. Enfin le grand carton conservé dans la galerie de Leuchtenberg à Munich, que le peintre Bossi exécuta en consultant les meilleurs documens pour la mosaïque de la galerie du Belvédère à Vienne,