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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/493

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ce genre soit entièrement ce qu’il doit être, il ne suffit pas qu’il soit exact, intelligible et bien coordonné ; il faut encore que tous les documens qu’il renferme soient disposés de telle sorte qu’il suffise de les rapprocher pour aboutir à un contrôle, à un enseignement quelconque.

Les statistiques agricoles ne sont malheureusement pas les seuls documens officiels dans lesquels se soient glissées des erreurs. Toutefois il n’est aucune publication qui, émanant d’une source aussi grave, ait encore à ce point trompé les curieuses espérances des amis de la statistique, et de telles inexactitudes sont d’autant plus regrettables que dans ce temps-ci plus d’hommes et plus d’efforts se tournent vers l’agriculture. Il semble qu’on ne fera jamais trop, qu’on ne fera jamais assez pour encourager et développer comme elle le mérite une industrie qui féconde le sol, augmente la richesse publique et rappelle les esprits au calme, tout en les relevant par une véritable et noble indépendance. L’agriculture n’a pour le moment qu’à se louer des bonnes dispositions de l’administration, quoiqu’elle ait le droit de demander plus encore et d’espérer davantage. Seulement elle voudrait trouver plus d’ordre et d’exactitude dans les publications qui s’adressent directement aux hommes dont la vie et la fortune sont engagées dans les travaux de la terre, car de telles publications doivent être considérées comme faisant partie de l’enseignement ’offert par l’état pour aider au progrès de la science, et par suite aux succès de la pratique agricole.

Après avoir signalé tant de lacunes dans la statistique officielle, nous devons néanmoins mitiger notre critique en remarquant que des difficultés extrêmes se présentent dès qu’on veut, non pas formuler en chiffres un fait agricole quelconque, mais donner aux chiffres qui expriment les faits agricoles l’importance d’un résumé ou la valeur d’un précepte. Quel est par exemple le prix de revient exact du blé ? Quelles bêtes de trait doit-on employer de préférence ? Quelle valeur relative doit-on mathématiquement accorder à nos divers engrais, à nos divers fourrages ? De telles questions, sans cesse débattues, reviennent sans cesse. La statistique agricole que nous avons analysée en facilitera-t-elle la solution ? Évidemment non, puisqu’elle ne donne que des chiffres, sans les expliquer par aucun commentaire. Or en agriculture, où tout se tient, s’enchaîne et se commande, les détails particuliers qui compliquent une question locale permettent souvent seuls de l’expliquer et de la résoudre. Je sais bien que, s’il avait fallu écrire une monographie particulière pour chacun de nos arrondissemens, on aurait été empêché par l’interminable développement à donner à cette publication ; mais, sans aller aussi loin, n’aurait-on pas pu consacrer à chacun d’eux quelques lignes énonçant ses principales conditions culturales ?

Un obstacle plus grave encore que la longueur eût aussi sans doute existé dans les étranges contradictions qui se trouvent parfois rapprochées sur le territoire du même arrondissement ; mais nous pensons que la division par arrondissemens est en statistique agricole une division mauvaise, qu’il aurait fallu remplacer par une autre beaucoup plus logique. Au point de vue administratif,