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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/487

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de l’or, par le développement des grands travaux publics, augmenter assez les gages payés à la main-d’œuvre agricole ; il en résulte que les journaliers sont devenus dans nos campagnes si rares et si exigeans, qu’il faut sérieusement travailler à remplacer les bras par les machines partout où les progrès de la mécanique permettent cette substitution.

Néanmoins, quelque onéreuse que soit devenue la main-d’œuvre et quelque faibles que soient restées nos récoltes moyennes, les proportions indiquées par la plupart des commissions cantonales dénotent une intention bien formelle défaire paraître notre agriculture plus misérable encore qu’elle ne l’est réellement. C’est visiblement toujours dans cette intention que le propriétaire du seul hectare planté en verger dans l’arrondissement de Périgueux est venu déclarer que son verger produisait… quoi ? 10 francs par an, tout compris ! Il faut avouer que ce propriétaire, après avoir donné à son verger les soins que demandent les arbres fruitiers, est fort à plaindre de n’en retirer, en fruits, bois mort, herbe et pâture, que la somme de 10 francs. Tout le monde sait qu’un verger exige une terre aussi bonne que de la terre à céréales. Or dans cet arrondissement la troisième classe des terres labourables s’afferme au moins 21 francs l’hectare. Évidemment le propriétaire de ce verger ferait mieux d’arracher ses arbres, de les brûler et d’affermer son terrain à un laboureur du voisinage.

Amoindrir ses ressources, exagérer ses charges, telle est et telle devait être dans une enquête de ce genre la préoccupation générale. Aussi faut-il attribuer à des inexactitudes de rédaction plutôt qu’à la vanité des déposans quelques erreurs en sens contraire qu’on peut trouver dans la Statistique.

De tous les faits agricoles, celui qu’il est le plus facile de saisir, de chiffrer exactement, c’est sans contredit la vente des céréales ; Il y a peu d’élémens aussi minutieusement connus et aussi publics que les prix des grains. Tout le monde sait que le méteil est un mélange de seigle et de froment, et que par conséquent la valeur et le prix du méteil augmentent en raison directe de la plus grande proportion de froment qu’il renferme. Quand on trouve dans la statistique officielle des différences de quelques centimes seulement entre le prix moyen du seigle et celui du méteil à la même époque et sur les mêmes marchés, on doit en conclure que le méteil en question était tout simplement du seigle auquel se trouvaient mêlés quelques rares grains de blé, et auquel on aurait sans doute pu conserver son nom de seigle ; mais que conclure quand on voit les prix s’équilibrer entièrement ou même rester un peu à l’avantage du ; seigle, surtout dans des départemens où les prix relatifs du froment et du seigle prouvent que ces deux grains y sont estimés l’un et l’autre ce qu’ils valent [1] ?

Si ce sujet bien simple avait été compliqué dans le questionnaire de digressions sur les causes des disproportions qui existent souvent entre le

  1. Comparez les prix d’un hectolitre de froment, d’un hectolitre de méteil et d’un hectolitre de seigle, dans les arrondissemens de Saint-Jean-d’Angély, Montpellier, Castelnaudary, Riberac, Aurillac, Semur, Rennes, La Châtre.