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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/475

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à posséder les œuvres de Phidias. Les Thébains lui demandèrent un Mercure en marbre, qui fut placé à l’entrée du temple d’Apollon isménien. Épidaure montrait un Esculape en or et en ivoire. Pour que la sécheresse ne gâtât pas l’ivoire, on creusa un puits au-dessous du piédestal. Cette précaution fut conseillée par Phidias, qui, le premier des sculpteurs anciens, s’inquiéta d’assurer aux œuvres de ce genre une fraîcheur et une jeunesse éternelles. Épidaure est une ville voisine d’Argos. Peut-être, comme à Pellène, Phidias avait-il exécuté sur place cette statue et pris les mêmes précautions pour la préserver de toute altération ; mais ni Pausanias, ni Athénagoras ne disent qu’elle fût colossale : c’est pourquoi l’on ne peut trop la classer parmi les premiers travaux de Phidias et la rattacher à son séjour en Argolide.

Nous retrouvons à Rome, sans savoir à quelles villes de Grèce elles avaient été enlevées, plusieurs autres statues de Phidias. La plus belle était une Vénus en marbre qui ornait le portique d’Octavie. Paul-Émile avait apporté une Minerve qu’il plaça sur le Palatin, près du lieu où s’éleva plus tard le temple de la Fortune. Paul-Émile était un grand admirateur de Phidias. C’est lui qui prononça à Olympie ce mot qui fut si souvent répété depuis : « Phidias a sculpté le Jupiter d’Homère. » Catulus à son tour, lorsqu’il bâtit le temple de la Fortune avec le butin pris sur les Cimbres, y consacra deux statues de Phidias. Comment se les était-il procurées ? Quels dieux représentaient-elles ? On l’ignore. On sait seulement qu’elles étaient en bronze, que c’étaient des figures drapées. Pline indique encore une statue de grandeur colossale et nue. Plus tard, quand la Grèce eut été complètement dépouillée, Rome posséda un plus grand nombre de statues de Phidias. Il est vraisemblable que c’étaient celles que Pausanias avait vues et décrites dans les différentes parties de la Grèce. Du reste, l’ignorance et le laconisme des historiens de la décadence nous laissent dans la plus grande incertitude sur ce sujet. Procope, après avoir cité un taureau d’airain qu’il croit de Phidias ou de Praxitèle, remarque qu’il y avait plusieurs statues de ces deux sculpteurs auprès du temple de la Paix. Sur l’une d’entre elles le nom de Phidias était même gravé. Était-ce la Minerve lemnienne ? — Mais il arrivait alors aux Romains ce qui nous arrive pour les grands maîtres de l’Italie. Toute belle œuvre était un Phidias ou un Polyclète. C’est ainsi que, sur les groupes qui décorent aujourd’hui le Monte-Cavallo, on a écrit le nom de Phidias et celui de Praxitèle sans tenir compte d’une conformité de style qui annonce la même main, sans se demander si ce style est celui de l’un ou de l’autre artiste. C’est une pure fantaisie.

Enfin, sur la place publique de Constantinople, on voyait au