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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/470

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Phidias ne travailla le bois qu’une fois dans sa vie, et ce fut à Platées, quand il commençait sa carrière. Se rapprochait-il alors de l’école attique et des traditions de Dédale et d’Endœus, qu’il tenait d’Hippias, son premier maître ? Le bois, matière sèche et rebelle, ne prenait-il pas naturellement sous le ciseau des formes raides et un vernis d’archaïsme ? On croira difficilement que les colosses de l’Acropole et de Platées eussent déjà la beauté des sculptures du Parthénon. La statue de la Minerve guerrière était un peu moins grande que la Minerve en bronze d’Athènes. Cependant il était impossible qu’un temple pût la contenir, même diminuée de huit ou dix pieds. Qu’on n’oublie pas toutefois que le piédestal, nécessaire sur le rocher de l’Acropole, devient inutile dans l’intérieur d’un édifice, ou du moins se réduit considérablement. Il fallait que le colosse n’eût plus que de quarante-cinq à cinquante pieds de hauteur pour trouver place dans un temple dorique.

Quand il eut achevé ces deux grands ouvrages, qui lui demandèrent plusieurs années, Phidias fut chargé d’immortaliser sous une nouvelle forme le souvenir de Marathon. Il fit treize statues qui furent envoyées à Delphes. L’orgueil, autant qu’une pieuse reconnaissance, poussait les Grecs à consacrer dans ce commun sanctuaire des monumens de leurs victoires ; ils s’y bravaient les uns les autres. Minerve et Apollon, les héros éponymes, Thésée, Codrus, les protecteurs ou les sauveurs de l’Attique, furent les sujets désignés. Seul des généraux de Marathon, Miltiade figurait dans la troupe des dieux et des demi-dieux. À cette exception glorieuse, qui ne reconnaît l’influence de son fils Cimon ?

Pour en finir avec un nom qui devient importun, je dirai ici quelques mots d’une statue qui rappelle encore Marathon, la Némésis de Rhamnonte. Les habitans de Rhamnonte prétendaient que Mardonius avait apporté de Paros un bloc de marbre pour ériger un trophée, tant il se croyait sûr de vaincre. Trouvé sur le champ de bataille, ce bloc, disaient-ils, avait été donné à Phidias, qui en fit une Némésis. Je n’ai pas besoin de montrer combien cette fable est invraisemblable. Des écrivains dignes de foi nous apprennent en outre que la statue de Némésis n’était pas de Phidias, mais de son élève Agoracrite. Par conséquent, elle est postérieure à la bataille d’au moins quarante ans.


III

Il y a souvent de l’injustice à donner à un grand siècle le nom d’un seul homme. Cimon ne méritait point d’être effacé par Périclès, non plus que Richelieu par Louis XIV. Mais si la philosophie