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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/461

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car je ne parle pas seulement d’une affinité vague entre les branches diverses de l’art, ni même, ce qui serait déjà plus réel, des raffinemens délicats que la sculpture polychrome peut emprunter à la science et au goût d’un peintre. Je pense à la frise du Parthénon, où se trahit l’application de certains principes qui appartiennent plus particulièrement à la peinture : la valeur des plans, le jeu des ombres et des lumières, les procédés de composition, les calculs de perspective.

L’éducation de Phidias fut d’ailleurs complète, et d’un savant aussi bien que d’un artiste. Il étudia l’optique, comme pour mieux charmer les sens après en avoir pénétré les plus secrètes opérations, la géométrie, cette base du dessin et de l’architecture. Il possédait en outre des notions très étendues sur l’art de construire, au moins sur la partie théorique. Comment sans cela eût-il pu surveiller les travaux d’architectes tels qu’Ictinus et Callicrate ? Comment eût-il montré dans le Parthénon une admirable intelligence des besoins de l’architecture et sacrifié toutes les prétentions de la sculpture, lui sculpteur, à l’harmonie et à l’effet général du monument ? C’est ainsi qu’il donne aux métopes un relief exagéré, contraire à ses principes, pour qu’elles soient en rapport avec les fortes saillies de l’entablement. La frise de la cella au contraire, tant son relief est léger, tant ses proportions sont petites pour la hauteur qu’elle occupe, n’attire que faiblement les regards ; elle leur échappe quelquefois. Mais il fallait ne point écraser une muraille lisse par l’importance des sculptures et la couronner, au contraire, d’un bandeau délicat. D’ordinaire, l’artiste qui dirige la construction d’un édifice fait passer avant tout ses préférences et l’ambition de son art. Le peintre ne voit que la peinture, témoin Raphaël, qui couvre les loges ouvertes du Vatican de chefs-d’œuvre bientôt ruinés. Le sculpteur veut entasser partout des statues, témoin le Bernin, qui, pour leur faire de la place, gâte l’intérieur de Saint-Pierre de Rome [1]. Il faut un bien grand sentiment de l’architecture pour montrer la même abnégation que Phidias et savoir concilier toutes les convenances. Il n’y a rien de surprenant à ce qu’il eût étudié seulement un art que d’autres sculpteurs pratiquèrent. Polyclète construisit à Épidaure le plus admirable théâtre de l’antiquité. À Sparte, Gitiadas éleva le temple de Minerve Chalciœcos. À Tégée, Scopas bâtit un temple qui l’emportait en beauté et en grandeur sur tous les temples

  1. Le Bernin affaiblit les piliers en creusant des niches et des tribunes. Aussi, comme il critiquait un jour la sainte Véronique de Mocchi, détestable en effet, comme la plupart des statues de Saint-Pierre, et trouvait que l’agitation des draperies ne convenait point à un endroit clos ce mot ne peint-il pas l’homme et son école ? , on lui répondit plaisamment que le vent soufflait assez par les ouvertures qu’il avait faites.