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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/430

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Hacha, puisqu’en s’éloignant d’une dizaine de lieues vers le sud ou vers l’ouest on peut trouver d’admirables terrains encore inoccupés et infiniment plus propres à toute espèce de culture.

En 1856, le vice-consul français fit planter cinq cent mille pieds de sésame dans un champ de vingt hectares environ qu’il avait fait défricher près du promontoire de Mariangola, à six kilomètres à l’ouest de Rio-Hacha. Il me détaillait complaisamment ses espérances. « En défalquant, disait-il, un quart du prix que peut me rapporter ma récolte vendue à Marseille, je puis compter sur 13,000 piastres par saison, soit 26,000 piastres par an. » Malheureusement les pluies furent peu abondantes, et les plantes, qui croissent assez bien au milieu des fourrés où elles sont protégées des rayons du soleil par le feuillage épais, se flétrirent dans ce vaste champ sans ombrage avant d’avoir produit leur semence. Le chimérique revenu net de 26,000 piastres se solda par une perte de quelques centaines de francs. On peut s’attendre à un résultat semblable dans la plus grande partie du territoire qui s’étend autour de la ville.

Des barrancos, larges ravines formées par les eaux de pluie dans le sous-sol d’argile rouge et s’élargissant à mesure qu’elles se rapprochent de la mer, coupent la plaine dans tous les sens et rendent la marche très pénible, même au chasseur le plus obstiné. Bien que la législature vote chaque année des subsides pour élargir les routes sablonneuses qui se dirigent vers les villages de l’intérieur, cependant on ne peut encore les parcourir qu’à pied ou à cheval ; on ne trouverait pas une seule charrette ou tel autre véhicule de même genre à trente lieues à la ronde. Le vice-consul anglais, el primer caballero de la ville, possède une voiture qui est pour ainsi dire le symbole de sa puissance, et que les jeunes élégans viennent lui emprunter parfois pour traverser à grandes guides les places et les rues de Rio-Hacha, et disparaître dans un tourbillon de poussière aux yeux des badauds effarés. Un autre caballero, señor Atensio, s’est fait construire une gondole dorée qui ne lui sert jamais, mais qu’il a le plaisir de montrer à ses visiteurs, exposée dans sa cour.

Ne pouvant guère pénétrer dans les fourrés environnans, ni suivre les sentiers où l’on enfonce jusqu’à mi-jambe dans le sable, les habitans de Rio-Hacha en sont réduits, pour leurs promenades, à longer le bord de la plage que chaque vague vient aplanir et parsemer de coquillages, ou bien à parcourir d’un bout à l’autre la jetée qui tremble sous le choc des flots. La rade de Rio-Hacha est extrêmement riche en vie animale. La mer est parfois toute jaune de méduses ; sous de vastes étendues d’herbes marines, qui changent la surface des eaux en une immense prairie, de nombreuses tortues franches naviguent de concert ; des cormorans, appelés busos dans