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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/408

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IV

L’armée de Charles-Quint avait quitté Lodi le 24 janvier 1525 [1]. Elle se composait d’un peu plus de vingt mille fantassins, d’environ sept cents hommes d’armes en y comprenant deux cents lances qu’avait amenées d’Allemagne le comte Nicolas de Salm, de cinq cents chevau-légers commandés par Castrioto, marquis de Cività-Sant’Angelo, qui tirait son origine de Scanderberg et la faisait remonter aux anciens rois de Macédoine. Elle n’avait que quelques pièces de canon. Sa force était dans les agiles arquebusiers espagnols dont Pescara devait tirer un si grand parti le jour de la bataille, et dans les masses serrées de ses lansquenets, aussi impétueuses qu’inébranlables, sous la conduite de George Frundsberg et de Marx Sittich d’Ems. L’armée, que commandaient le duc de Bourbon et le vice-roi de Naples, s’était mise en marche, suivie de chariots nombreux portant ses tentes, ses bagages, ses munitions et même ses vivres. Elle s’était emparée, sur le Lambro, de la ville de Sant’Angelo, afin de ne pas laisser après elle une garnison ennemie qui inquiéterait ses derrières et troublerait ses approvisionnemens. En peu de jours, le marquis de Pescara avait emporté cette ville d’assaut. Des bords du Lambro, l’armée impériale avait paru se diriger du côté de Milan, comme pour enlever la capitale du duché aux Français et les contraindre, par cette menace, d’aller à son secours en quittant Pavie ; mais François Ier ne bougea point. Aussi les impériaux, arrivés à Marignan, changèrent de route ; ils descendirent vers Belgiojoso et s’avancèrent du côté de Pavie avec le dessein d’en faire lever le siège ou de livrer bataille.

François Ier n’était pas disposé à refuser le combat. Ses forces restaient supérieures aux leurs, bien qu’il eût détaché de son armée le corps dont il avait donné le commandement au duc d’Albany pour l’expédition de Naples. Il envoya l’amiral Bonnivet, le maréchal de La Palisse et Chabot de Brion avec quatre cents hommes d’armes jusqu’à Belgiojoso, afin de surveiller les mouvemens des impériaux. Se portant lui-même de San-Lanfranco à Mirabello, il ne laissa devant Pavie que ses lansquenets et mit le reste de son armée en bataille, prêt à combattre l’ennemi, s’il s’avançait vers la chartreuse à l’extrémité septentrionale du parc. Il passa sous les armes le 1er et le 2 février, et il dormit pendant deux nuits en homme de guerre,

  1. « Et voyant l’estat des affaires et la grosse despense qu’il faut porter pour soutenir cette armée et le bon vouloyr en quoy sont les gens de guerre espagnols et allemands, avons conclud par ensemble de partir les XXI ou XXII de ce moys et nous mettre aux champs pour donner la bataille au roy de France. » Lettre de Lannoy à l’archiduchesse Marguerite, du 17 janvier 1525. — Dans Captivité, p. 47. — Ils ne partirent que le 24.