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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/402

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6,000 ducats au vice-roi de Naples [1], en assurant qu’il ne pouvait pas en donner davantage, et quelques jours après il conclut avec François Ier un traité très secret [2], dans lequel furent compris les Florentins et les Vénitiens. Ces anciens alliés de l’empereur se séparèrent de lui sans s’unir au roi de France. Ils s’engagèrent à n’accorder aucune assistance à Charles-Quint, et en retour François Ier promit de maintenir l’autorité des Médicis dans Florence, et plaça sous sa protection les inconstans Vénitiens et l’équivoque Clément VII.

Le pape ne s’opposa même plus à l’envoi d’une armée française du côté de Naples. L’établissement du roi de France dans la Basse-Italie ne lui aurait pas mieux convenu que la domination de l’empereur dans la haute ; mais il espérait qu’à la simple menace d’une semblable invasion, les troupes espagnoles quitteraient la Lombardie pour courir au secours de Naples, et par l’abandon du Milanais faciliteraient l’arrangement qui convenait à sa politique. Ce but fut sur le point d’être atteint. François Ier détacha, sous le duc d’Albany, un corps d’armée qui dut s’acheminer, par la Toscane et le territoire du saint-siège, vers le royaume dont la maison de France se regardait comme héritière, que Charles VIII avait conquis et perdu, que Louis XII avait repris et partagé avec le roi Ferdinand d’Aragon, et sur lequel François Ier avait cédé ses droits à Charles-Quint sous des conditions que Charles-Quint n’avait pas remplies. Il y restait un parti attaché à la France, que l’apparition d’une armée pouvait soulever et rendre redoutable à l’Espagne. Le corps chargé de cette expédition se composait de six mille hommes de pied, de six cents hommes d’armes, et devait se renforcer à Livourne de deux ou trois mille soldats descendus de la flotte avec Renzo da Ceri, et dans les États-Romains de quatre mille Italiens que les Orsini levaient sur leurs terres.

Par cette expédition, François Ier songeait moins encore à s’emparer du royaume de Naples qu’à opérer de ce côté une diversion [3]. Il

  1. « Jusques à ceste heure, ne s’en est pu tirer autre chose synon six mille ducas qu’il nous a envoyés secrètement. » Lettre de Lannoy. à l’empereur du 25 novembre ; — Arch. imp. et roy. de Vienne.
  2. Lettre du conseil des dix au provéditeur-général du 7 janvier 1525, dans Captivité, etc., appendice LXXVIII. — Le 13 décembre, le comte de Carpi écrivait à François Ier : « Sire, loué soit Dieu ! la conclusion a esté prinse avec la seigneurie de Venise et stipulé et fini le contract et signé de notre très saint père, de leur ambassadeur et de moy, comme vous verrez par l’un des originaulx que je vous envoyé. » Archives de l’empire, section historique, f. 964, n° 59.
  3.  :: « Car de mes gens souhdain je faiz partir<
    Pour seulement servir de divertir :
    A Naples droit, j’envoyai une bande. »
    (Epistre de François sur l’expédition d’Italie et la bataille de Pavie, dans Captivité, etc., p. 119, 120).