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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/392

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entrée dans le Milanais [1], mais il perdit cette espérance lorsque, s’étant replié d’Asti à Alba, il eut conféré avec le marquis de Pescara et le duc de Bourbon. Il vit bien que des troupes affaiblies et découragées étaient dans l’impossibilité de s’opposer à une armée fraîche, nombreuse, puissante, que commandait un roi valeureux et entreprenant.

Les chefs impériaux renoncèrent même à garder la ligne du Tessin. Ils comprirent qu’ils devaient se borner à occuper les points qui pouvaient être défendus afin de ne pas livrer la totalité du duché de Milan. Ils résolurent de conserver Alexandrie sur le Tanaro, où ils laissèrent deux mille hommes, Como sur le lac de ce nom, Pavie sur le Tessin, Lodi et Pizzighitone sur l’Adda, enfin Crémone sur le Pô. Ils essayèrent même de tenir dans Milan, dont l’imprenable citadelle restait entre leurs mains. En un jour, Pescara fit plus de trente milles, et alla, par Voghera, jeter une forte garnison de cinq mille Allemands, cinq cents Espagnols et trois cents hommes d’armes dans Pavie. La défense de cette ville, la seconde du duché, fut confiée à Antonio de Leyva, soldat de fortune formé dans les guerres d’Italie, que désignaient à un commandement aussi important et aussi difficile la plus rare vigueur et l’habileté la plus attentive. Le reste de l’armée remonta vers Milan avec l’espérance d’y entrer avant les Français et de s’y soutenir en attendant l’arrivée de dix mille lansquenets [2], que le vice-roi fit lever en Allemagne.

Mais cette ville, dans laquelle dominait le parti de l’indépendance italienne sincèrement dévoué à un chef national, Francesco Sforza, venait d’être ravagée par la peste ; elle avait perdu une grande partie de ses habitans, et, ouverte sur plusieurs points, elle n’avait pas le moyen de se défendre. Sur le conseil même de Girolamo Morone, ministre du duc, elle s’était décidée à ouvrir ses portes à François Ier et à prévenir sa ruine par sa soumission. Une députation avait porté les clefs de la ville au roi, qui était arrivé dans le voisinage, à Abbiate-Grasso, après avoir franchi le Tessin. Néanmoins le lendemain le capitaine Alarcon, à la tête de deux cents chevaux, ayant pénétré dans Milan, y annonça la venue du duc de Bourbon, du vice-roi de Naples et du marquis de Pescara, qui approchaient avec le reste des troupes. Ils y entrèrent en effet au milieu des transports de joie des Milanais qui, revenus à leurs sentimens naturels, crièrent : Vive le duc ! vive l’empire !

Déjà trois cents hommes d’armes et six mille hommes de pied détachés de l’armée française s’avançaient, sous Théodore Trivulzi,

  1. Lettre de Lannoy à l’empereur, du 19 octobre 1524. — Archives imp. et roy. de Vienne.
  2. Lettre de Lannoy à l’empereur, du 19 octobre 1524. — Archives imp. et roy. de Vienne.