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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/387

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Il n’avait rien voulu exposer à moins d’être certain d’un succès qui dépendait surtout de sa coopération. Pour qu’une armée anglaise descendît en Picardie, il exigeait que le duc de Bourbon eût pénétré dans l’intérieur de la France, que son arrivée y eût produit une révolution, ou que la défaite de François Ier eût facilité la conquête du royaume, resté sans défense [1]. La promesse d’une diversion n’avait été faite au duc de Bourbon que pour l’encourager dans son entreprise. Aussi Wolsey avait très mal accueilli les instances de Richard Pace, qui n’avait pas craint de lui écrire qu’il lui attribuerait les revers de l’expédition, s’il négligeait de prendre les mesures propres à en assurer la réussite, et l’accuserait d’avoir fait perdre au roi leur maître la couronne de France. Il lui avait reproché avec une amère moquerie la témérité offensante de ses conseils. « Vous demandez, lui disait-il, que le roi, avec toute la célérité possible, profitant de l’opportunité qu’il a de recouvrer sa couronne de France, s’avance dans ce royaume avec son armée, soit en personne, soit par lieutenant, et, pour faciliter l’entreprise, vous voudriez que je misse en gage mon chapeau de cardinal, mes croix, mes masses et moi-même [2]. » Au lieu d’envoyer des troupes, il avait transmis un plan de campagne.

Il répondait à l’ambassadeur de Henri VIII qu’on avait débattu en conseil ce qu’il convenait de faire : que le duc de Bourbon devait s’emparer d’abord des villes de Marseille et d’Arles, et s’engager ensuite dans l’intérieur du pays ; que tant qu’il resterait en Provence, le roi d’Angleterre ne pouvait s’exposer, ni exposer une armée anglaise à une attaque où le roi François Ier aurait l’avantage ; qu’aussitôt qu’il aurait pris Marseille et Arles, il devait passer le Rhône, se diriger vers Lyon et s’enfoncer dans les entrailles de la France ; qu’en apprenant sa marche, François Ier, ou irait au-devant de lui pour l’arrêter, ou se retirerait sans oser lui livrer bataille ; que si le roi se hasardait à combattre, le duc le vaincrait ; que s’il s’enfermait dans Lyon pour défendre cette place, très faible, le duc l’y prendrait ; que s’il se retirait en fuyant, le duc le poursuivrait. À la nouvelle des progrès du duc, ajoutait-il, Henri VIII ne manquerait pas d’opérer en Picardie la descente dont il faisait les préparatifs : il assemblait déjà quatorze mille Anglais, avait ordonné de lever en Allemagne cinq mille hommes de pied et six mille chevaux, et dépêché vers la gouvernante des Pays-Bas Jerningham, pour requérir le corps auxiliaire que l’empereur s’était engagé, par le dernier traité, à joindre à l’armée anglaise. Il assurait enfin que les troupes, les charrois, les vivres, les munitions, les attelages de

  1. Lettre de Wolsey à Pace, du 28 mai. — State Papers, t. VI, p. 289-290.
  2. Lettre de Wolsey à Paco, du 31 août. — State Papers, t. VI, p. 334.