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Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 26.djvu/364

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destruction complète. De son côté, le régiment chargé de protéger le gros de l’armée, l’héroïque 17e léger, tenait toujours bon. Tous les efforts de l’ennemi étaient concentrés sur ces valeureux bataillons. Le nez cassé d’une balle, le pommeau de son épée brisé dans ses vaillantes mains, enveloppé de son caban, rouge du sang qui coulait à flots de sa blessure, le brave colonel Bedeau électrisait sa troupe, et restait calme, impassible, au milieu de son carré, qui vomissait la mort de tous côtés, mais la recevait aussi avec un courage et une abnégation stoïques. Le combat du 20 mai 1840 honorera à jamais l’infanterie française. La cavalerie eut aussi ses morts, mais elle combattit à pied : le noble sang de l’infanterie était passé dans ses veines.

Après la prise de Médéah et le glorieux combat du 20, l’armée revint à Alger pour se reposer de ses fatigues. Toute la cavalerie française rentra dans ses cantonnemens. Les deux jeunes princes qui s’étaient à si juste titre attiré la sympathie et l’estime du soldat retournèrent en France. La santé chancelante de M. le duc d’Orléans l’enlevait à l’armée, qui le vit partir avec douleur ; les regrets de la cavalerie ne furent pas les moindres. Le prince avait été colonel de cavalerie, il avait sérieusement étudié toutes les ressources de cette arme, l’emploi que l’on en pouvait tirer. En lisant les grandes choses accomplies par la cavalerie du premier empire, en voyant son rôle actuel, ne se promettait-il pas de rendre à ce corps injustement négligé son éclatante auréole ? La mort a emporté le secret de cette âme généreuse, de cette intelligence si ouverte à toutes les nobles pensées.

Mais parmi les grands souvenirs que laisse la terre d’Afrique à tout officier de cavalerie, il en est un que la générosité militaire ne permet pas d’omettre, c’est celui de l’ennemi même que nous avons combattu. On ne l’ignore pas, c’est comme habile cavalier qu’Abd-el-Kader a surtout réussi à prolonger contre nos régimens une lutte inégale. Après avoir vu le brave émir agir et combattre, je devais le revoir prisonnier, et les paroles qui sont restées dans ma mémoire ne sont pas inutiles peut-être à citer comme indice de ce singulier caractère de l’Arabe, chez qui le moindre incident fait reparaître le cavalier et l’homme de guerre. C’est à la veille d’une révolution que le vaillant adversaire qui nous avait résisté pendant quatorze années déposait ses armes aux pieds du général Lamoricière. À l’époque où l’émir captif venait d’arriver à Toulon, j’eus la bonne fortune d’être introduit auprès de lui en compagnie du colonel Daumas, qui voulut bien me servir d’interprète. La prison d’Abd-el-Kader était une des tours du fort Lamalgue, dont la mer bat le pied. Nous arrivâmes, par un escalier tortueux et étroit, à un palier encombré de pantoufles arabes ; une petite porte, où mon guide alla